Vie sociale

Ça fait déjà quelques jours que je retourne les mots et les phrases dans ma tête. Que j’essaie de démêler une situation. Et quoi de mieux que l’écriture pour faire le point et réussir à avancer?

Je m’ennuie de Québec! Ça vous choque n’est-ce pas? Croyez-moi, j’en suis moi-même sur le c**…

En fait, je m’ennuie de contacts humains. Ils sont rares ici… Oh, les Ontariens que l’on croise dans la rue où les endroits publics sont beaucoup plus souriants et sociables que les Québécois! Alors les « micros relations » sont plus nombreuses et agréables! Mais les relations amicales, elles, sont plus rares…

À Québec, je vivais dans un quartier pour familles de militaires, j’étais bien entourée par mes proches, quelques amis de longue date et plusieurs nouveaux amis/copains fantastiques. Alors mon réseau social se portait plutôt bien. Malgré le fait que mon Guerrier fut absent pendant la grande majorité de cette mutation, je me suis rarement sentie seule dans mon environnement nordique.

Ici c’est différent. Et je suis consciente que j’en suis entièrement responsable. Les opportunités sont là… certaines portes sont ouvertes… mais je n’ai pas envie d’en franchir le seuil.

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Au moment de notre arrivée à Kingston, deux semaines après le retour de mission de notre Guerrier, nous avons érigé plusieurs murs pour protéger notre vie familiale. Nous avions besoin de refaire notre nid, de nous retrouver, de profiter les uns des autres. Nous nous sommes volontairement isolés.

Mais, depuis le retour au travail de mon Guerrier, les choses ont changé. Évidemment, l’Homme de ma vie n’est pas aussi disponible physiquement… mais il n’est pas tout à fait disponible mentalement non plus. Il a son travail, ses responsabilités régimentaires, ses cours de maitrises et son propre deuil à faire d’une carrière qui évolue, mais l’éloigne de ce qui le fait vibrer. De mon côté, maintenant qu’il est théoriquement présent, je veux que notre famille soit « réunie ». Alors j’hésite à prendre des engagements externes. Le peu de temps que nous pouvons partager, je veux être disponible pour en profiter… Inconsciemment, j’essaie encore de faire provision de moments exclusifs alors que finalement ces moments ne sont plus comptés et que nous en sommes même rassasiés.

L’autre cause de mon auto-isolement, c’est que pour la première fois je mets les freins. Alors qu’habituellement je saute à pieds joints dans le moment présent, profitant de tout ce qui passe, et sautant sur chaque opportunité que la vie place sur mon chemin, je suis depuis quelques mois en mode « attente » ou « prudence ». J’aime Kingston, c’est une belle ville, un bel environnement pour élever des enfants… mais j’attends de partir. J’ai l’impression de ne pas être encore arrivée à destination, d’attendre mon transfert pour le prochain train qui m’amènera vers un nouveau « chez-nous ».

C’est vrai que notre temps ici sera bref. Nous avons déjà près de 6 mois de passé sur une mutation de 2 ans. Alors pour la première fois je n’ai pas envie d’investir dans un nouveau réseau social « civil ». Car nous avons beau vivre dans un quartier où résident plusieurs militaires, la dynamique est civile. Et forger des relations « civils » est très différent que de le faire entre « militaires ». C’est plus long. Plus ardu. Parce qu’il y a tellement de choses à expliquer. Tellement de mythes à détruire. Tellement d’explications à donner. Tellement de préjugés à surmonter. Honnêtement, je n’ai pas l’énergie pour faire tout ça… je n’ai pas envie de « repartir à zéro ».

Il faut dire que pendant la longue mission de notre Guerrier, j’ai eu l’occasion de saisir à quel point c’est agréable de vivre dans un univers de gens « who get’s it ». Sans offense pour les civils! Mais j’ai expérimenté le confort de ne pas avoir à me justifier, m’expliquer, et le soulagement de savoir que l’autre « sait », comprend et, surtout, accepte. Je sais, ce devrait être la base de toute amitié non? Mais honnêtement, quand on part de zéro avec quelqu’un et que nous représentons une classe marginalisée de la population, est-ce toujours le cas?

Alors j’en suis là. Je n’ai pas l’énergie de « repartir à zéro »… ou, pour être honnête, la motivation de le faire. J’ai envie d’une amitié qui a une longueur d’avance… ou une histoire…

Bientôt, le printemps frappera à nos portes! Les outardes reviendront sur nos berges et je baisserai lentement la garde, inspirée par le soleil qui se réchauffe et la nature qui renait. Probablement que je sauterai alors aveuglément dans une nouvelle aventure amicale… ou pas… 😉

Lyne
Maman, spécialiste en finances personnelles, blogueuse.

14 Comments

  1. Allo!

    Je suis une ancienne de la base de Kingston… J’y étais pendant la formation de mon homme et nous y sommes resté 1an et demi.

    C’est au CRFMK que j’ai fait la rencontre de mamans et leurs enfant qui étaient dans la même situation que nous. Ces rencontres ont été aussi enrichissante pour moi que pour le reste de ma petite famille.

    La plus part des familles de militaire de Kingston y sont pour le temps d’une formation ou plus. Tu n’es pas seule, va faire un tour au CRFMK! Aussi la communauté francophone est accueillante, es-tu allé au centre culturel Frontenac?

    Si tu as envie de jouer dans la neige, vient à Ottawa ou faire une visite du parc de la Gatineau. Tu n’auras qu’à faire 2h de route pour profiter des joies de l’hiver québecois. Sans compter la belle patinoire du canal Rideau qui est déjà ouverte.

    En quittant Kingston pour arriver à Ottawa je me suis rendus compte à quel point ont avait été bien accueillit là-bas. J’espère que tu sauras retrouver ton bonheur!

    1. Merci Natacha pour ton commentaire 🙂

      Je suis allé au CRFMK lors de notre « House Hunting Trip » et j’avoue avoir été agréablement surprise par l’accueil chaleureux et dynamique que j’y ai reçu 🙂 C’est à mon horaire d’y passer avec ma plus jeune mais nous n’avons tout simplement pas eu l’occasion encore… notre routine quotidienne passe tellement vite que je remet mon projet d’une semaine à l’autre! Mais je garde espoir de m’y rendre avant la fin de l’année 😉

      Ce n’est pas impossible que j’accompagne mon Guerrier lors d’un de ses voyages à Ottawa afin d’aller patiner avec les filles ou visiter les musées! J’avoue que je suis surprise de constater à quel point votre hiver est différent du nôtre!

  2. Chère Lily,
    Et si tu laissais tout simplement le temps placer les choses? 🙂
    En attendant, j’espère qu’on aura le plaisir de faire connaissance avant le printemps!
    Viens donc faire un tour au prochain souper des femmes francophones, en février prochain!
    Lucie

    1. Merci ma belle Lucie 🙂 J’espère que tu ne prépares pas déjà ton prochain déménagement! Il faut absolument se « croiser » avant que l’une de nous ne reprenne le large 🙂

  3. AH! Comme je te comprends! En déménageant aux États-Unis je m’étais promis de m’ouvirir à de nouvelles amitiés car je savais que la route serait longue seule. J’ai ouvert mon coeur à de nouvelles rencontres tout en gardant une certaine réserve. Probablement pour me protéger car je savais très bien que j’investissais dans une amitié qui aurait une fin. J’ai rencontré de très bonnes personnes avec qui je m’entends très bien. Contrairement à d’habitude, ces amitiés n’ont rien à voir avec le monde militaire. Tout en bâtissant ces nouvelles relations, je réalisais qu’il y avait une partie de moi qui me rappellait que je devrai quitter un jour. Malheureusement, la fin achève ici et je sais qu’il y aura des larmes au moment du départ car ces personnes ont été ma famille durant les 3 dernières années mais j’essaie de me dire que je ne fermerai pas le livre mais tournerai simplement la page. Par contre, je m’inquiète de la façon dont les aurevoirs se feront. Mes amies me parlent déjà de goodbye party. Probablement pour me protéger encore, je leur ai dit qu’il n’en n’était pas question. Nous allons nous dire simplement aurevoir rapidement le matin avant que je quitte. Je sais que c’est un peu ridicule mais j’ai l’habitude de quitter sans regarder à l’arrière. Je me rends compte qu’elles ont probablement des besoins différents elles aussi. Ca risque de ne pas être facile mais je ne regrette rien des belles rencontres que j’ai fait ici. Elles auront un chapitre bien important dans mon histoire.

    Je comprend tellement comme c’est difficile de mettre l’énergie sur des amitiés qui ne dureront pas. Je ne suis pas certaine que je m’investirai autant lors de notre prochain posting qui risque d’être plus court. Sois à l’écoute de la vie, elle mettra sans doute les bonnes personnes sur ton chemin. Peut-être que du bénévolat pourrait te faire rencontrer des gens formidables sans que tu aies trop besoin de t’investir?

    Bonne journée!!

    1. Les amitiés qui se sont forgées aux États-Unis demeurent très chères à mon coeur! À notre arrivée, nous avons été chaleureusement accueillis par la communauté internationale et par nos voisins américains. Dès la première journée, les invitations fusaient et les belles rencontres prenaient place.

      Au moment de partir, j’ai sérieusement envisagé de quitter en pleine nuit… afin d’éviter les adieux, les partys, les larmes et les émotions… Je te dirais que le pire moment fut juste avant la réception donnée en notre honneur. Je faisais le deuil de notre vie « américaine », de notre vie familiale unique pour une carrière militaire et de toutes ces belles amitiés. Mais, une fois rendu à la réception, ça s’est bien passé! Surtout grâce à l’initiative de mon Guerrier de laisser un cahier de notes à l’entrée, invitant les gens à le signer, laisser un commentaire et leurs coordonnées. Ça évitait les effusions et facilitait les adieux 😉

      Après la soirée, deux couples d’amis ont décidé de nous suivre à Atlanta pour venir passer deux jours avec nous avant que nous ne prenions l’avion! Imprévue et tellement agréable! Nous avons prolongé les beaux moments, emmagasiner de nouveaux souvenirs.

      Grâce à internet, Facebook, Skype et les courriels, je suis encore en contacts réguliers avec ceux qui furent importants pour moi. Nous avons eu la visite de quelques amis et nous irons en visiter d’autres avant longtemps. Et je m’accroche à la célèbre phrase du Dr Seuss : « Don’t cry because it’s over, smile because it happened! ». J’en fais une de mes philosophies de vie!

      Pour ce qui est de Kingston, ce n’est pas de m’investir qui me fait peur ou me retient, mais vraiment le point de « partir à zéro ». Je n’ai pas de réticence à rencontrer du nouveau monde… je n’ai juste pas envie de raconter toute mon histoire encore une fois! lol!!!! Paresseuse? Je pense que oui… j’aime rencontrer des gens nouveaux, j’aime découvrir de nouvelles personnalités, nouvelle façon de voir la vie et les choses, discuter avec des gens de différents background. J’ai juste l’impression que j’ai plus envie d’écouter et partager que de raconter « encore une fois » mon histoire, mais surtout « Pourquoi marier un militaire », « Pauvres enfants », « Pauvre toi »…

      Je pense que je devrais leur faire lire mon blogue et ensuite donner mon numéro de téléphone 😉

  4. Très intéressante cette réflexion. Je ferais presque une photocopie du message pour méditer là-dessus. Je me suis reconnue en partie. L’amitié, quand elle n’est pas déjà acquise depuis des années, prend du temps à faire sa place.

    À l’inverse de toi, comme j’ai toujours eu en tête que les amis très souvent ne font que passer dans notre vie, je ne me fais pas de soucis à l’idée que ça va finir, mais il y a une condition: c’est que je m’y sente bien le temps qu’elle passe.

    Très souvent, j’ai eu l’impression de nager à contre courant et c’est vrai qu’il y a beaucoup de frontières à franchir de notre côté et d’autres à ériger pour éviter d’être envahies.

    Pour ma part, étant nouvelle à Québec depuis 3 ans, je croise très souvent des gens très souriants, des conversations spontanées, ce que je n’avais jamais vécu en banlieue de Montréal. Était-ce moi qui était soudain plus attentive du fait que je débarquais là où je voulais être? Je ne saurais dire.

    Mais pour créer des liens avec les autres, il faut des occasions pour une étrangère, une volonté. Et comme tu dis, paradoxalement, le peu de temps qu’on peut passer en famille, on ne peut pas le consacrer à des amitiés, surtout quand on a des raisons de ne pas vouloir s’y investir.

    Beaucoup de réflexions en tout cas. Merci pour cette ouverture, ça permet à d’autres d’y penser aussi. 8)

    1. Merci pour ton commentaire 🙂

      Un peu comme toi, en amitié je n’attends pas d’engagement « à vie ». Heureusement, car ça ne ferait que créer des attentes irréalistes avec la vie de famille de militaire, mais aussi avec ma nature nomade.

      J’aime rencontrer de nouvelles personnes, je suis toujours heureuse de voir une amitié se développer, mais je n’angoisse pas sur sa durée. Je profite du moment présent. Si elle dure, j’en serai très heureuse. Sinon, je garderai les meilleurs moments en souvenirs. Toute ma vie, j’ai toujours été très bien entourée et je sais que je le serai toujours. Peut-être par des amitiés éternelles, peut-être par de nouveaux « personnages ». Ça fait partie des beaux mystères de la vie. J’ai des amitiés « de passage » qui m’ont marquée à vie et qui m’ont tellement apporté! Et il y a aussi celles qui partent et reviennent, au fil de notre évolution, de nos déplacements et des hasards de la vie. Une véritable amitié ne meurt jamais. Elle évolue et les chemins se recroisent éventuellement. Et il y a de ces amitiés que « tu sais » qu’elles seront toujours là 🙂 Peu importe ce que la vie mettra sur notre chemin.

      Comme je le disais dans ma réponse à Isabelle, cette fois-ci, ce n’est pas de m’engager qui me dérange, mais de recommencer à zéro… Mais bon, je fais confiance à la vie qui a toujours su placer les bonnes personnes sur mon chemin 😉

  5. Moi j’ai vécu l’inverse en arrivant à Kingston. Pas d’enfant (à cette époque), mon homme partant pour 7 mois en Afghanistan 3 mois après mon arrivée… J’étais paniquée à l’idée de ne pas avoir d’amis et de vie sociale. J’ai tout fait, centre culturel Frontenac, KMFRC, 5 à 7 francophones au Tango, club de planche à voile au RMC… En quelques semaines, j’avais un cercle d’amis plus grand qu’à Québec!!!

    On est posté en Belgique l’été prochain. On est super excité et les quatre ans à venir seront remplis de nouveaux défis. Je suis quand même stressée à l’idée de repartir à zéro… Je sais que le réseau de familles de militaire outcan est très accueillant, mais j’ai un peu peur quand même…

  6. Je te comprends quand tu parles de cette amitié que tu voudrais tant qui soit déjà entamée…Comme un feu qu’on doit partir, c’est long. C’est plus le fun de devoir seulement l’alimenter.

    Je te souhaite bonne chance dans tes futures relations sociales. C’est quand même bon d’avoir un réseau autour sur lequel on peut compter. Bravo de bloguer, j’espère que c’est un petit beaume…

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