Rapport sur l’évaluation du bien-être des familles des militaires canadiens (1) : portrait des familles

Mardi dernier, l’Ombudsman de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes, M. Pierre Daigle, rendait public son rapport sur l’évaluation du bien-être des familles des militaires canadiens.

Pendant près d’un an, l’Ombudsman et son équipe ont rencontré 370 familles, visité 10 bases, discuté avec les organismes qui offrent des services de soutien aux familles et aux membres, échangés avec les dirigeants des FAC de tous les niveaux, des universitaires, des organismes privés et publics.

Le rapport s’attarde aux problématiques vécues par la communauté, suggère des pistes de solutions, et rend justice aux nombreux défis auxquels nous devons faire face « en famille » pour soutenir la carrière de notre conjoint. En fait, c’est la première fois que je vois un portrait si réaliste et lucide de la réalité des familles des militaires. Bien qu’on fasse état de ce qui mériterait d’être amélioré pour assurer notre « bien-être », nous sommes loin de l’image défaitiste de pauvres petites victimes impuissantes que certains « documentaires » hautement subjectifs aiment bien véhiculer!

Au-delà des constatations de notre réalité d’aujourd’hui et des recommandations faites pour améliorer la situation (sur lesquelles je reviendrai plus tard), je suis particulièrement satisfaite (ou agréablement surprise) de voir enfin « par écrit » la description des caractéristiques qui nous distingue des familles « civiles ».

Quelles sont ces caractéristiques?

La mobilité ou les nombreux déménagements effectués « à la discrétion des FC selon leurs besoins organisationnels et opérationnels. Les FC décident du moment de l’affectation d’une famille, de l’endroit et de la durée de l’affectation à cet endroit. »

L’absence du foyer « (…) les membres des FC sont éloignés de leur famille à de nombreuses reprises tout au long de leur carrière. Ces absences du foyer peuvent durer une journée à jusqu’à 15 mois à la fois. (…) L’absence du foyer fait partie intégrante de la vie militaire. »

Le risque. « (…) accepté comme un principe fondamental de la profession des armes (…) ce risque n’est pas restreint aux missions de grande envergure. »

Comme l’Ombudsman le précise, ces caractéristiques se retrouvent aussi dans d’autres corps de métier et profession. Mais aucun ne les regroupe toutes les trois en même temps pour toute la durée d’une carrière. « Peu de métiers ou de professions exposent la majorité écrasante de son personnel à des réinstallations géographiques périodiques, à d’incessantes absences du foyer et à des niveaux élevés de risque pendant une grande partie de leur carrière. »

Qui plus est, les membres comme leur famille ont peu ou pas de contrôle sur ces caractéristiques : « Cette absence de prévisibilité et de choix ou d’influence présente une quatrième caractéristique de la vie militaire, laquelle a un effet amplificateur sur les trois premières caractéristiques. » Et dans notre société d’aujourd’hui, où le contrôle et le pouvoir personnel (pour ne pas dire l’individualisme) prennent beaucoup d’importance, cet aspect est source de frustration pour plusieurs individus. Il faut accepter de lâcher prise. De remettre une partie de la direction de notre vie entre les mains d’un organisme extérieur : « C’est ce niveau d’engagement particulier qui rend les familles des militaires distinctes. »

Qu’elle le veule ou non, c’est TOUTE la famille qui « vit », ou « subit » selon le cas, l’impact de ces caractéristiques. Pas seulement l’employé. Et ce, pour aussi longtemps que durera la carrière… ou la relation.

Et c’est ce que certains membres de la communauté militaire ne réalisent même pas! Certains « nouveaux » surtout, qui s’attendent encore à ce que ce soit différent, qui ne comprennent pas « pourquoi eux ».

Parce que c’est ÇA le métier de militaire. C’est ÇA notre réalité.

Oui, certaines choses peuvent et méritent d’être changées. Oui, certains « défis » pourraient être bonifiés en simplifiant certaines procédures ou en nous ouvrant quelques portes. Mais ces trois caractéristiques sont là, et ne changeront pas. Elles définissent le métier. Et « like it or not », elles ont un impact direct sur la vie des familles. Vous pouvez vous plaindre et vous demandez « pourquoi moi? », ou vous adapter, faire preuve d’imagination et de maturité pour trouver des solutions qui réduiront les impacts négatifs de ces caractéristiques.

Pour ce portrait réaliste et « cru », mais aussi pour toutes les constatations qui soulèvent des préoccupations, cette étude devrait être lue par toutes les nouvelles familles ou les nouveaux couples qui font leur début au sein de la communauté militaire (et les plus vieux aussi!). Qu’on soit en début de carrière ou à l’aube d’une nouvelle relation, cette étude devrait être lue avant de faire le grand saut. Pas pour faire peur, mais pour conscientiser. Et permettre aux membres, militaires ou conjoints, de s’adapter, de se préparer. Parce qu’au-delà de tout ce qui pourrait être amélioré, il y a aussi des expériences uniques et fantastiques, d’incroyables découvertes, que ce milieu de vie vous offre. Et certains sont assez fous pour croire qu’ils valent toutes les « petites » bêtes noires sur lesquelles on aimerait bien que quelqu’un se penche. C’est une vie peu banale que nous menons!

Les « civils » qui côtoient de près ou de loin des membres de la communauté militaire, auraient aussi tout intérêt à lire cette description de notre réalité. Pour mieux comprendre leurs proches, amis ou collègues. Pour ne plus comparer un « voyage d’affaire d’une semaine à Paris » à une carrière d’absence, de mobilité et de risque.

Pour en savoir plus (le sommaire à lui seul mérite d’être lu et est très accessible) : Sur le front intérieur : évaluation du bien-être des familles des militaires canadiens en ce nouveau millénaire.

À venir : les constatations de l’Ombudsman et ses recommandations pour assurer le bien-être des familles des militaires. 

Lyne
Maman, spécialiste en finances personnelles, blogueuse.

9 Comments

  1. Voilà un super compte rendu! Je ne sais pas si ça t’a pris du temps l’écrire, mais il est très agréable à lire et offre un excellent aperçu de la situation. Mais je te trouve à tout coup tellement dure avec les personnes qui vivent cela difficilement! Ceci dit, je connais quelqu’un dans l’armée qui a vu ses longues études payées par l’armée et être payée pendant ses études… et se plaindre que l’armée lui exige simplement des disponibilités pour passer les « fit tests » pendant ce temps. L’armée offre certes beaucoup d’avantages au plan de la sécurité de carrière, mais il y a aussi des responsabilités à honorer en échange!

    1. Merci Caroline! 🙂

      Je ne sais pas si je suis dure avec les personnes qui vivent ça difficilement. Disons que je manque de tolérance envers celles qui ont le nombril plus gros que la tête! 😉

      Certaines personnes se plaignent avec raison d’éléments qui nuisent au bien-être des familles des militaires, et l’Ombudsman a fait un excellent travail pour les identifier et tenter d’amener des solutions (je vais y revenir dans mon prochain texte). Certains locataires de logements militaires sont au prises avec des moisissures et des logements presque insalubres, et ils ont raison de se plaindre! Par contre, j’en ai vu d’autre se plaindre haut et fort que l’Agence responsable de la gestion des logements refusait de se déplacer pour venir remplacer (et payer) une lumière brûlée dans la salle de bain! Et crois-moi, elles en faisaient tout un drame! D’autres familles vivent l’absence sur une base très régulière – parles-en aux conjointes des marins affectés sur un bateau! Mais j’ai aussi entendu des conjointes qui n’ont jamais été mutées en 15 ans, dont le mari n’a jamais participé à aucune mission, se plaindre que leur conjoint devait travailler le jour du Souvenir!

      Il faut être conscient des caractéristiques du métier de militaire, de leurs conséquences sur la vie des familles, et assumer ses choix (de carrière, de conjoint, de vie). C’est vrai que ce n’est pas une vie faite pour tout le monde. Et c’est OK! Il y a bien des choses pour lesquelles moi-même je ne suis pas faite. Et ça m’arrive à moi aussi d’avoir mes « moments de chiâlage » 😉 Par contre, j’assume ma responsabilité dans mes choix de vie, et les conséquences. Et j’essaie de ne pas avoir le nombril trop enflé 😉

  2. Excellent comme d’habitude!! Oui, effectivement, je suis d’accord avec toi que finalement l’Ombudsman a ‘hit the nail on the head’… comme militaire, comme femme, comme membre du conseil je suis super contente avec la rapport et les possibilités de changement en vu! The future is bright!!!

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