Rapport sur l’évaluation du bien-être des familles (2) : constatations

J’ai épluché avec beaucoup d’intérêt les différentes constatations publiées dans le rapport de monsieur Pierre Daigle, Ombudsman du Ministère de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes. Déjà le portrait qu’il dressait de la famille de militaire était particulièrement juste et représentatif. J’étais curieuse de lire dans quel état se trouvait notre bien-être, mais surtout de voir si j’allais me reconnaitre dans les préoccupations des personnes consultées dans le cadre de son étude.

En résumé : oui!

À ma grande surprise, son étude démontre même une relation entre la majorité silencieuse et la minorité bruyante, confirmant que nous expérimentons tous les mêmes « contrariétés ». La différence : notre attitude! Selon ses observations, la minorité bruyante s’attend à une prise en charge ou une intervention du milieu pour régler les points dérangeants alors que la majorité silencieuse s’adapte et met en place ses propres solutions. Intéressant non? Si j’étais étonnée de voir cette corrélation écrite sur papier, je n’étais pas vraiment surprise de constater que l’attitude fait toute la différence 😉

Le rapport de l’ombudsman démontre que tout au long de la carrière militaire nous devrons gérer une grande fluctuation dans la qualité et la stabilité de notre vie familiale. Si la grande majorité gère bien les différents défis inhérents à notre situation (déménagement, missions opérationnelles, absences), qu’elle s’attend à une certaine fluctuation de la qualité de vie, et trouve de nombreux avantages à vivre cette réalité, c’est la grandeur de l’écart de qualité de vie avec laquelle nous devons composer au cours des différentes mutations ou des nombreuses absences qui nous affecte le plus. Et certains points précis ont une grande influence sur cette qualité de vie très changeante.

Fin du récit journalistique.

***

Je voulais vous résumer en quelques mots tous les points soulevés par le rapport. Impossible. Ce n’est pas parce qu’il y en a trop. C’est plutôt parce qu’ils sont tous pertinents! Qu’ils sont tous le reflet de notre réalité. Je n’arrive pas à vous les résumer sans tomber dans le compte-rendu journalistique, type d’écriture qui n’a peut-être pas sa place sur mon blogue. Je peux le faire! Le problème c’est tout ce que je voudrais ajouter pour vous raconter ma perspective, mon expérience, et ce que j’en pense. Je ne suis même pas certaine que vous seriez encore là après deux paragraphes!

Si vous voulez connaitre les détails, tous les secrets de notre vie marginale et tous les facteurs qui nous agressent, tout ce que je peux vous dire c’est : lisez le rapport! Si vous lisez l’anglais, le résumé de la CBC est fidèle et fait pas mal le tour de la question. Si vous aimeriez lire une tranche de vie pour le rendre plus concret, lisez le texte (en anglais) de mon amie Telah.

Sinon, je peux vous le résumer en quelques lignes : nous aimons notre vie, il y a plein d’avantage à être une famille de militaire, mais aussi un paquet d’irritants. Parmi ceux-ci : les nombreux déménagements, les missions, les absences. Et d’eux découlent d’autres irritants plus précis : le programme de réinstallation, trouver une job, un médecin, un logement adéquat, un milieu sain pour élever nos enfants, les ressources pour bâtir une situation financière stable et un actif pour la retraite.

Voilà.

Soyez rassuré : nous savons que le service au sein des FAC a des répercussions sur la vie familiale. Croyez-moi, pour la plupart nous savons dans quoi nous nous sommes embarquées! Nous sommes conscients de l’impact des déménagements (je suis maman à la maison après tout…), celui des missions (dès que l’on réalise que 6 mois de mission = presque un an d’absence), et celui des absences répétées (étonnamment les plus difficiles à gérer). Mais ce qui nous affecte le plus, c’est la différence de qualité de vie à laquelle nous devons faire face à chaque fois que ces évènements surviennent. Et ça, nous y sommes peut-être moins bien préparé.

En gros : nous sommes en constante adaptation! Pour les enfants, pour le conjoint absent qui part ou qui gère de nouvelles responsabilités, pour « la famille » nous sommes le phare. Le repère immuable. Celui qui stabilise la famille, assure un point d’ancrage reconnaissable par tout le monde alors que notre propre univers se modifie constamment : trouver un médecin, gérer « l’entre médecins » quand les listes d’attente sont trop longues, trouver une nouvelle école, gérer la qualité variable des écoles, gérer les variations de revenus. Nous (les conjointes) sommes LE buffeur entre le militaire qui vit sa carrière et réalise son rêve, et nos enfants à qui on veut offrir une vie stable, enrichissante, intéressante, mais surtout saine.

Nous : on gère. Constamment. Pour que tout le monde navigue aisément et que tous s’adaptent facilement. Le plus sereinement possible en tentant de trouver l’équilibre pour notre propre épanouissement.

Nous devons donc être les premières à nous adapter. Les premières à remettre la vie à niveau. À construire des repères qui rassureront tout le monde. Notre imagination, notre capacité d’adaptation et notre flexibilité sont constamment sollicités et doivent être développé chaque fois, car nous ne contrôlons rien : ni quand, où et pour combien de temps notre réalité sera bouleversée.

Alors si la qualité de vie était constante, notre rôle serait tellement plus simple. Car présentement on nous garroche un paquet de cartes, et nous devons avoir une main gagnante à chaque fois!

Et je ne parle même pas de celles qui ont une carrière, dont les diplômes ou les acquis ne sont pas reconnus par une autre province, ou qui se retrouvent dans une ville où le taux de chômage est élevé.

Ou ceux et celles qui doivent composer avec un conjoint qui vit avec les conséquences physiques et psychologiques de son métier. Tout le monde connait le risque de blessures (ou décès) en mission, et tout le monde connait le stress post-traumatique. Mais le métier de soldat n’est pas dangereux seulement théâtre opérationnel! Parlez-en à mon Guerrier qui a subi un accident presque fatal lors d’un saut en parachute. Et demandez-moi quel est l’impact d’une commotion cérébrale sévère sur une famille. Sur notre quotidien. Sur notre qualité de vie. Sur notre « réalité » et notre avenir.

Mais le pire? C’est qu’on réussit à relever le défi! On gère. On assume. On stabilise. Et on aime notre vie marginale! Parce que 95 % du temps le défi nous stimule et nous motive. Parce que l’acquisition de nouvelles connaissances, le développement de nouvelles compétences, le dépassement de soi, les nouveaux liens que nous tissons font en sorte que nous sommes heureux, positifs, fiers de réussir, enthousiastes de recommencer.

Bref, ceux qui s’adaptent, ceux qui développent une attitude gagnante dès le début ou au fil des expériences, ceux qui grandissent et évoluent tout au long de la carrière de leur soldat, en sortent grandis. Comme si la vie de famille de militaire était un cours accéléré sur la réalisation et le dépassement de soi.

Finalement, je vous invite encore une fois à lire le rapport de l’Ombudsman sur l’évaluation du bien-être des familles des militaires. Par curiosité. Pour démystifier un milieu en marge de la société civile. Et si vous êtes membre d’une famile de militaire, lisez-le comme outil.

J’ai toujours cru au pouvoir de l’information. Je pense qu’une personne bien informée est bien préparée à réagir face à une situation donnée.

Au cours de ma carrière, comme dans ma vie personnelle, j’ai vu plusieurs conjointes refuser de s’informer sur la vie militaire. Pour plusieurs ce n’est que la job de leur conjoint, pas la leur. Alors pourquoi s’y intéresseraient-elles?

Parce que c’est l’un des métiers qui a le plus d’impact sur la vie des familles! Parce qu’il influence directement le confort, la stabilité et la qualité de vie de la famille. Et parce que ce n’est pas en disant « Bof, je m’informerai quand je commencerai à avoir des problèmes, ou quand nous serons rendus là! » que l’on développe des solutions gagnantes. Que l’on maximise les chances de faire de cette expérience une réussite!

Je suis très ouverte à l’attitude « On traversera le pont quand nous serons rendus à la rivière ». Mais quand tu sais que ta famille va traverser au moins 25 rivières, ça peut être intéressant de savoir qu’il y a au moins 25 ponts pour les traverser.

Le rapport en fait bien mention : la majorité silencieuse rencontre les mêmes défis que la minorité bruyante. Tout le monde vit la même chose! Mais la différence entre le succès et l’échec pour la famille, c’est l’attitude. Un brin de chance et de bons timing, mais surtout l’attitude. Et jouer à l’autruche n’est pas une attitude gagnante.

Avec ce rapport, les défis qui vous attendent ne seront plus un secret.

Bonne lecture 😉

 

 

 

Lyne
Maman, spécialiste en finances personnelles, blogueuse.

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