Nos enfants connaitront-ils la nostalgie?

Beaucoup de plastique et peu d’histoire : est-ce que nos filles connaitront la nostalgie? Réflexion d’une mère qui se pose beaucoup trop de questions au moment de revamper un simple calendrier de l’avent

En faisant le ménage de la maison de mon père, j’ai retrouvé avec émotions des objets qui appartenaient à mon enfance. Des trucs qui m’ont ramené à une autre époque, un Noël en particulier, une journée précise. Ils m’ont fait voyager dans le temps en me rappelant certains évènements, m’ont fait réaliser certaines choses auxquelles je n’aurais jamais pensé autrement. Revoir ces objets une fois adulte m’a amenée à porter à regard différent sur le passé, parfois sur le présent. Ils m’ont aidée à me reconnecter à un rythme de vie différent, à mes valeurs familiales, à l’essentiel en réalisant que tout ça avait pour source mon enfance et mes parents.

Dans 25 ans, est-ce que nos enfants auront ces opportunités de réflexion?

Nous changeons régulièrement d’adresse, de ville, de province, de décor. Oui notre vie d’expatrié privera nos filles d’une maison familiale où elles auraient vécu toute leur vie, et par conséquent d’une certaine forme de racines. Ce n’est qu’une partie du « problème », parce que nos objets, nous les déménageons avec nous.

C’est surtout notre société de consommation qui fait en sorte qu’on ne garde plus rien. Les décorations, les meubles, les objets ont une durée de vie très limitée. On jette et on se débarrasse de tellement de choses qui auraient pu faire partie du patrimoine familiale. Tout est éphémère. Les objets du quotidien n’ont plus d’histoire, car leur durée de vie est trop courte. Quel témoignage physique auront nos enfants des premières années de leur vie familiale? Est-ce que « se souvenir » deviendra un besoin obsolète? Un besoin disparu suite à l’absence de témoignage physique? Est-ce que nos filles accorderont la même importance à toucher, revoir, sentir un objet de leur enfance?

Depuis quelques années, nous consommons de façon plus responsable : on recycle, on vend, on donne, on réutilise. Nous achetons aussi de façon plus responsable en limitant notre impact sur l’environnement et le minimalisme a la cote. Mais nous consommons quand même énormément. Que reste-t-il du patrimoine familial? Nos enfants ont une belle vie remplie de belles expériences qui auront façonné leur personnalité. Mais tangiblement? Ne se prive-t-on pas d’une partie de l’expérience quand on ne peut pas faire de rétroaction? Quoi d’autre nous permet cette réflexion que les vieilles photos que l’on trouve entre deux cartes de fête, ou que cette boite qui abrite une couronne de Noël fabriquée avec des sacs de plastique blanc ou encore un sous-verre avec lequel on jouait à Cosmos 1999?

Oui nous conservons certains jouets de nos princesses, un ou deux vêtements, un ou deux (100 ou 200) toutous, mais les objets du quotidien de la famille? Ce qui rappelle l’ensemble et pas seulement l’individu?

En voulant « améliorer » notre calendrier de l’avent, en« modernisant » son apparence, est-ce que je prive mes filles de souvenirs? Je sais que c’est l’activité qui compte. Je sais qu’elles se souviendront de notre période de l’avent et des beaux moments que nous passions ensemble grâce aux activités de notre calendrier. Mais où sera le déclencheur de souvenir? Parce qu’elles auront manipulé trois versions du dit calendrier, où sera le sentiment d’appartenance? Oui, il y a les photos… les textes sur mon blogue (qu’un jour je finirai par imprimer pour elle!)… mais que pourront-elles toucher pour se ramener à une certaine époque de leur enfance et voyager dans le temps?

Bon, on s’entend que je ne détruis pas tout et qu’il ne s’agit « que » d’un calendrier! Mais il m’amène à réfléchir à notre société de consommation qui jette et remplace. À notre rythme de vie qui nous incite à passer continuellement à autre chose. Parfois, il faut aussi se pencher sur notre passé juste pour mieux nous comprendre et nous pardonner. Sans s’y attarder, une petite minute de réflexion peut nous inciter à faire preuve d’indulgence envers nous-mêmes, mais aussi envers les autres membres de notre famille. Et à partir de là que nous pouvons vraiment aller de l’avant!

Et l’objet, le patrimoine familial est un catalyseur qui nous permet de faire un tel voyage. Encore faut-il tomber dessus.   

Alors… je le change ou pas ce calendrier? 😉 

Lyne
Maman, spécialiste en finances personnelles, blogueuse.

7 Comments

  1. Je trouve ta réflexion très juste. J’ai moi même grand plaisir à farfouiller chez mes parents et à y retrouver de petites choses qui me raconte mon histoire. Et au-delà de la nostalgie et du souvenir, je suis aussi très contente de transmettre certains objets à ma fille, plus tard, quand elle sera plus grande je lui raconterai l’histoire de ces objets alors qu’elle été sera sans doute créé de nouveaux souvenirs à travers eux…

    1. Tu as raison : il y a aussi tout l’aspect histoire familiale que l’on peut transmettre à nos enfants. Comme toi, j’adore visiter le grenier de la maison familiale où les jouets de mon père et ma tante se trouvent, les souvenirs de mes grands-parents aussi. Les filles ont adoré découvrir les objets qui avaient appartenus à leurs grands-parents. C’est une richesse qui n’a pas de prix 🙂

  2. Je te rejoins tout à fait dans ce questionnement, meme si je n’ai pas encore d’enfants. C’est peut etre pour ces souvenirs que j’ai tant de mal à jeter cerrtains (ok beauvoup) trucs… D’ailleurs pour ce souvenir, j’ai aussi gardé dans une boite, bien à l’abri des petits objets de mon mariage (en aout dernier donc souvenir tres recent pour le moment) : un faire part, une carte de remerciement, un menu, un bidule a dragées que j’ai fait de mes petites mains, l’urne décorée….en plus bien sur de toutes les photos et l’album de la photographe. Mais ces petits objets comptent aussi 🙂 et je pense que je ferais pareil quand j’aurai des enfants, garder un peu de ci un peu de ça… Quite a finir avec une montagne de bazar….

    A+
    Karine

    1. Cette boite de souvenirs de mariage sera certainement très précieuse un jour pour tes enfants! C’est le genre de trucs qui les fascinent (comme pour nous d’ailleurs). Finalement, peut-être qui rien ne changera et que les prochaines générations auront encore accès à ces objets de notre patrimoine familiale 🙂

  3. Tu as raison de remettre en cause la société de consommation… Je suis moi-même une grande nostalgique et je choisis mes ‘objets’ avec soin, par conséquent j’ai ensuite du mal à m’en séparer, je tends à choisir la qualité mais le prix est parfois déconcertant… Un ami médecin m’a un jour expliqué que c’est ce qui fait de nous des humains: cette capacité à pouvoir réveiller en nous tout un monde disparu grâce à un simple objet. Tu décris très bien cette expérience du voyage dans le temps. Ne t’inquiète pas, tes enfants formeront leur propres souvenirs,leurs propres émotions, selon leur personnalité. Et leurs souvenirs te surprendront sans doute dans quelques années!!!

    1. Oui, tu as raison. J’ai hâte de voir ce qu’elles retiendront, ce qui les aura marqué… même si je ne suis pas pressée d’être aussi « vieille » ! Mais je suis intrigué de savoir quelle sera leur relation avec les souvenirs, les objets n’ayant pas la même durée de vie ou la même histoire.

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