Minimalisme et consommaction

#ToxicJewelry Ardene

Le weekend dernier, j’ai regardé avec ma fille de 11 ans le reportage de Market Place : What’s in the Cheap Jewelry you Buy? L’équipe de la CBC a enquêté sur les bijoux achetés dans les boutiques préférées de nos ados (et pré ados) afin de vérifier s’ils contenaient des métaux toxiques. Des 9 magasins visités, Ardene et Aldo avaient sur leurs tablettes des articles contenant une concentration excessivement élevée de cadmium (des milliers de fois la norme recommandée par Santé Canada). Le cadmium est un métal lourd extrêmement toxique s’il est ingéré. C’est la raison pour laquelle Santé Canada exige qu’il soit pratiquement absent des bijoux destinés aux enfants de moins de 15 ans.

Quelle fut la réaction de Santé Canada face aux résultats des tests effectués par l’équipe de la CBC ? Ce ne sont pas des bijoux fabriqués exclusivement pour les enfants de moins de 15 ans, alors ils ne sont pas techniquement touchés par la réglementation. Le problème c’est que dans la vraie vie, de nombreux enfants aiment les bijoux en forme de cœur ou de melon d’eau. Même s’ils ne leur sont pas exclusivement destinés, ils peuvent les désirer et se les procurer. Ou des adultes peuvent leur en faire cadeau. Deuxièmement, les bébés adorent mettre dans leur bouche les colliers et les bracelets de ceux qui les tiennent dans leur bras. S’ils contiennent du cadmium, ils seront intoxiqués. Ce métal dangereux est d’ailleurs interdit en Europe pour la fabrication de TOUS les bijoux.

Au-delà de la position très frileuse de Santé Canada, c’est la réaction d’Ardene qui m’a le plus frustrée. Le reportage et la réponse écrite de l’entreprise sont assez édifiants : la compagnie refuse d’assumer ses responsabilités et rejette du revers de la main les préoccupations de ses clients. D’ailleurs, Ardene a dû retirer de ses tablettes à 5 occasions des produits faisant l’objet d’un rappel de Santé Canada. Difficile de faire confiance à une entreprise qui démontre un tel détachement face aux préoccupations de ses clients (et à la santé de ses fournisseurs!).

Considérant la législation actuelle, Santé Canada ne peut pas faire grand-chose. La responsabilité revient donc au consommateur. Celui-ci détient le seul pouvoir de faire changer les choses, en choisissant les produits qu’il achète, mais aussi les commerces qu’il fréquente.

Consommaction

Aujourd’hui, il est difficile d’ignorer l’impact de nos achats sur la planète et ses habitants. Chaque objet raconte sa propre histoire : des conditions de travail de ses fabricants jusqu’aux déchets qu’il génère. Consommer, c’est donc choisir plus ou moins consciemment de favoriser une entreprise ou un producteur local. C’est endosser une marque et sa philosophie. C’est soutenir de grandes chaines qui ne respectent pas leurs clients. C’est encourager des commerces dont les sous-traitant travaillent dans des conditions inhumaines. C’est peut-être encourager le travail des enfants. C’est fermer les yeux sur des pratiques illégales pour satisfaire un désir parfois très superficiel. C’est aussi donner l’exemple à nos enfants…

C’est le genre de réflexion que je rêve de pouvoir faire avant chacune de mes transactions. Malheureusement, confrontés aux réalités du quotidien, nous devons souvent faire des entorses à nos idéaux sociaux. Et parfois pour des raisons parfaitement justifiables.

Oui, j’achète encore des jouets à mes enfants qui sont fabriqués en Chine, et mon gingembre vient lui aussi de la Chine… parce que j’adore le gingembre, et parce que sa version bio est ridiculement chère et minuscule (une fois épluché, il ne reste presque rien !) Par contre, mes tomates (que ma plus jeune mange en quantité phénoménale) ne viennent jamais du Mexique et sont pratiquement toujours biologiques. 

Alors oui, il m’arrive de sacrifier mes principes pour des désirs très personnels. Mais chaque fois que je le peux, je choisis d’autres alternatives. Quitte à payer plus cher.

Le minimalisme à la rescousse ?

Face à toutes ces situations où nos idéaux sont confrontés à la réalité du quotidien, le minimalisme nous offre une véritable bouffée d’air frais ! Lorsque l’on pratique le minimalisme, nos gestes de consommation requièrent une plus grande réflexion. On ne peut plus acheter sur un coup de tête ! Si l’on veut limiter le nombre d’objets que l’on se procure, il faut choisir ces derniers avec considération.

On cite souvent les nombreux avantages de cette philosophie de vie, allant des économies de temps et d’argent, jusqu’à la réduction du stress. Il ne faut pas négliger l’immense pouvoir d’achat qu’il redonne au consommateur. Ce dernier ne peut plus se permettre de succomber à toutes les offres alléchantes, ou les achats impulsifs.

Réduire nos achats, c’est pouvoir faire de meilleurs choix. Et qui a vraiment besoin de 25 paires de boucles d’oreilles ? En avoir moins, c’est avoir plus d’argent pour en acheter de meilleure qualité. La qualité a un prix. La sacrifier, c’est imposer des conséquences sur toute la chaine de consommation : du sous-traitant qui se voit obligé de manipuler des produits hautement toxiques sur sa table de cuisine, jusqu’au bébé qui portera à la bouche le bracelet de sa grande sœur… ou de sa mère.

Le minimalisme n’est pas seulement un geste zen ou écologique. C’est aussi un excellent moyen de passer de la consommation à la consommaction.

Je vous invite à regarder l’excellent reportage de Market Place : What’s in the Cheap Jewelry you Buy?, ou lire le résumé de leur enquête.

Lyne Desruisseaux

Spécialiste en finances personnelles et rédactrice.

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