L’été de la grande fatigue

L'été de la grande fatigue

“Your words matter, and when the time is right, they will be given wings.” – Nicole Gulotta

Maintenant que la machine est repartie, je peux revenir sur mon long silence… Et je peux enfin terminer un texte commencé un certain lundi après-midi de juillet.

Au cours des derniers mois, j’aurais aimé que ma tête soit aussi silencieuse que mon clavier. J’aurais voulu que ce soit elle qui se meurt d’épuisement et se la ferme enfin. Malheureusement, même quand le corps s’engourdit de fatigue, quand le tourbillon des activités n’est plus là pour nous distraire, le hamster continue de courir. Même si j’ai parfois eu l’impression qu’il lui arrivait de tomber en bas de sa roue… Mais il est toujours le premier à se relever! Il en profite pour me souffler à l’oreille que je n’en fais pas encore assez. Malgré le shot down de tous les services non essentiels, Monsieur Je Devrais continue à tourner sur son élan, comme s’il était muni d’une génératrice d’urgence.

Heureusement, la baie de Fundy est arrivée juste à point pour recharger mes batteries. Elle, et son merveilleux prétexte pour retrouver le plaisir de la photographie.

Je vais revenir plus tard sur nos vacances d’été, nos découvertes, nos coups de cœur, mais aussi sur les maux invisibles. Ceux qu’une mise en scène familiale permet de camoufler. Au point où l’acteur principal qu’il est un homme nouveau, au top de sa forme, zen et heureux, alors que l’actrice de soutien ressemble à un zombie grincheux. Un observateur pourrait penser « De quoi se plaint-elle ? Elle a la chance de vivre dans un coin de paradis, avec un homme serein et joyeux ! » C’est parce que je ne me plains pas justement. Je ne fais que remettre les pendules à l’heure. Si les effets secondaires des commotions cérébrales sévères, du PTSD et des douleurs chroniques sont invisibles et méconnus du grand public, l’effet sur les familles et les conjoints l’est encore plus. Mais je reviendrai plus tard vous raconter les aventures d’un jeune premier et de son zombie grincheux… En attendant, voici comment je me sentais quand tout le monde filait le parfait bonheur.

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L’été de la grande fatigue.

J’avais beaucoup de projets pour cet été ! J’avais hâte ! J’étais heureuse de retrouver le rythme des vacances avec mes filles. Même si mon Guerrier est aux études à temps plein, je débordais d’imagination pour occuper mes trésors… Jusqu’à ce que la réalité frappe : le stress des derniers mois m’a complètement assommée.

Après quelques jours à me la couler douce, je n’arrivais plus à repartir la machine. Comme à vélo, quand vous essayez de recommencer à pédaler en plein milieu d’une côte. Monter une colline à toute vitesse est plus facile que de reprendre son élan après une pause, aussi petite soit-elle.

Malgré le yoga, les smoothies santé, mes suppléments de fer et de vitamines B12, mes réserves d’énergie étaient épuisées. Moi qui adore écrire, je n’avais même plus la force de le faire.

Plus l’état de mon Guerrier s’améliore, plus le mien dépérit. L’effet de l’adrénaline qui retombe. Je perds mon élan qui préservait mon efficacité en période de crise. Certains jours, la simple idée de rentrer les coussins des chaises de la piscine me donnait envie de pleurer. Je n’avais pas l’énergie pour le faire.

Je devais aider les filles à perfectionner leur français écrit… Juste quelques heures par semaine. Et en profiter pour écrire sur mon blogue. J’avais une liste de sorties et d’activités à faire en leur compagnie. J’avais même hâte de jouer les lifegard sur le bord de la piscine, croyant utiliser ces heures d’immobilité pour écrire, développer des projets et planifier la rentrée. J’avais malheureusement peine à garder les yeux ouverts.

Et je ne suis même pas déprimée ! Premièrement, je n’ai aucune raison de l’être (oui, je sais ! Les causes de la dépression ne sont pas aussi simples que ça ! Mais rassurez-vous : je ne le suis pas). Deuxièmement, je suis heureuse d’être où nous sommes dans nos vies, malgré le stress de ce qui nous attend à la sortie des Forces de mon Guerrier ( nous n’en sommes pas à notre premier défi ou première source de stress! ).

Je suis juste un peu trop relaxe et fatiguée. J’ai pédalé trop longtemps pour nous conduire en haut de la cote. En voyant tout le monde atteindre le sommet (ou presque), j’ai pris le temps d’arrêter pour reprendre mon souffle. Maintenant, je n’arrive plus à donner un nouveau coup de pédale. Les bonnes journées, j’ai l’impression d’être arrivée au sommet moi aussi, mais de m’effondrer comme un marathonien au fil d’arrivée. J’étais la dernière d’une équipe de course à relais. Mon équipe a traversé le fil. Pas moi…

Notre famille est hors de danger. Les efforts et les sacrifices de mon Guerrier, en plus de le réconcilier avec sa vie et le conduire vers la sérénité, ont ramené l’harmonie familiale. Attention ! Tout est loin d’être terminé, et le pourcentage de succès reste à déterminer ! Aucune guérison n’est garantie. On ne sait pas encore ce qui pourra être récupéré au cours des prochains mois ou des prochaines années. Certains deuils restent à faire. Mais nous sommes au bon endroit, au bon moment. Je n’ai plus à être aussi vigilante, à combler autant les lacunes, ou assurer continuellement les arrières. Si la guerre n’est pas gagnée, l’une des importantes batailles l’est. 

J’ai heureusement (ou malheureusement) encore plein d’idées ! Encore plein de projets, de trucs à partager, de réflexion à confier. Mais juste y penser me donne envie de faire une sieste d’une heure ou deux (ou trois).

Pour le moment, je dois mettre mes souliers de tango. Je dois aller danser avec mon Guerrier. Malgré l’épuisement, je ne peux pas le laisser tomber… Le quatrième membre de l’équipe de course à relais doit se relever pour parcourir les derniers mètres…

Atteindre le sommet à tout prix

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J’ai hésité longtemps avant de partager ce texte avec vous, car je n’étais pas convaincue de son intérêt… D’autant plus que cette période de fatigue est maintenant derrière moi. Finalement, je pense qu’il pourrait aider certaines personnes à mieux comprendre notre situation. À voir l’envers de la médaille. Ou à d’autres qui sont dans le même bain que moi, à découvrir qu’elles ne sont pas seules. Que c’est normal de réagir physiquement à l’état de santé d’un proche! Et que le temps finit par arranger les choses. Si on lui donne la chance de le faire! 

Je reviens avec le récit de nos vacances, notre découverte de la Baie de Fundy, le revers des maux invisibles, et de nouveaux textes sur les finances personnelles! À très bientôt! 🙂 xxx

Lyne
Maman, spécialiste en finances personnelles, blogueuse.

9 Comments

  1. Tes mots ( ou maux) résonnent en moi !! Dans un contexte certes bien différent. Tu es une guerrière !! Celle qui même, soutien sa » troupe » au quotidien en toutes circonstances !
    Tu avais besoin d’un break, pour pouvoir repartir 😉

  2. Tu as bien fait de partager …. Cela fait du bien à la family manager que je suis de voir que je ne suis pas seule à me poser des questions , fléchir physiquement , baisser la garde ! Et oui je te confirme je ne pense pas être déprimée non plus… Juste avoir tiré un peu sur une corde qui est moins extensible qu’à 20 ans !

    1. Merci Odile! Bien heureuse qu’il te fasse du bien à toi aussi. 🙂 Tu as raison, avec le temps ou à force de trop tirer, la corde est moins extensible… Ce n’est peut-être pas une mauvaise chose car ça nous oblige à arrêter plus tôt… avant qu’il ne soit trop tard!

  3. oh non tu n’es pas seuls dans cette affaire! et comme toi j’ai toujours tendance à arriver à en parler une fois que le gros de l’orage est passé… c’est courageux de l’admettre et d’en parler. c’est parfois plus difficile de changer les habitudes familiales pour eviter que ca se reproduise….

    Avant de partir en vacances j’etais en epuisement complet sur tous les fronts… là je ne sais pas trop ou j’en suis avec le programme tres dense des vacances et le jet lag au retour… ca me fait un peu peur…

    1. C’est vrai que ça prend du courage de l’admettre… surtout à nous-même. Une fois fait, c’est assez libérateur!

      Merci pour ton commentaire Virginie. J’espère que tu pourras te reposer après le superbe voyage que tu viens de faire… et que quelques fronts iront mieux! 🙂

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