L’argent de poche et les enfants

L'argent de poche et les enfants

Une question que les parents autour de moi se posent souvent est : « Est-ce que je dois donner ou non de l’argent de poche à mes enfants? » Les avis sont très partagés, car la réponse dépend de nos valeurs personnelles, mais aussi de notre relation avec l’argent.

De mon côté, déformation professionnelle oblige, je voulais sensibiliser très tôt nos filles à la valeur de l’argent. Je voulais qu’elles acquièrent dès leur plus jeune âge certaines habiletés concernant les dépenses et l’épargne, afin qu’elles deviennent des consommatrices responsables. L’allocation hebdomadaire représente donc pour moi un excellent outil d’enseignement.

Maintenant, comment faire pour que cet outil soit efficace? Voici la démarche que nous avons empruntée et quelques conseils pour en faire une solution gagnante.

 

Pourquoi donner de l’argent de poche à nos enfants?

Pour nous, l’argent de poche vise à responsabiliser nos filles dans leurs choix de consommation. Nous voulons les aider à développer une certaine autonomie en leur apprenant à gérer elles-mêmes les ressources mises à leur disposition, mais surtout, nous voulons leur apprendre la valeur de l’argent.

Avant de mettre en place un système d’allocation, je pense que les parents doivent se poser la question et réfléchir à leur propre relation avec l’argent. Pour que l’exercice soit éducatif, il faut aller au-delà de la réponse classique « Parce que leurs amis en reçoivent une! » et poussez la réflexion afin d’en faire un outil d’apprentissage. Le choix du montant, de l’âge et les règles d’utilisation de l’argent de poche sont plus faciles à déterminer quand nous savons ce que nous souhaitons enseigner à nos enfants.

 

À quel âge donner de l’argent de poche à nos enfants?

Nous avons commencé alors que les filles avaient 9 et 6 ans. Toutes les deux étaient prêtes, les requêtes pour acheter des gogosses devenaient de plus en plus nombreuses et il était temps qu’elles comprennent concrètement que l’argent ne pousse pas dans les arbres!

Cependant, la réponse à cette question peut être différente d’une famille à l’autre, car il faut d’abord et avant tout se fier à la maturité de nos enfants. Une règle de base générale : à partir du moment où ils savent compter et qu’ils démontrent un intérêt pour acheter eux-mêmes une gâterie ou un cadeau.

 

Quel montant donner à nos enfants?

Comme point de départ, vous pouvez calculer une somme correspondant à la moitié de l’âge de votre enfant, un montant que vous pouvez ajuster en fonction des dépenses qu’il devra assumer, de son niveau de maturité, et de votre budget! Pas question de sauter une semaine ou de varier les montants parce que vous n’avez plus de liquidité! Par contre, le fait de remplacer par une allocation les dépenses que nous faisions nous-mêmes pour les filles nous a permis de réaliser certaines économies. C’est fou à quel point les demandes se font plus rares quand l’argent sort de leurs poches!

 

Règles de base à respecter :

  • Déterminer à quoi sert l’argent de poche.

Nous avons clairement expliqué à nos deux princesses que l’argent versé servirait à remplacer des dépenses que NOUS assumions auparavant. Pas question de doubler la quantité de jouets par l’ajout d’une rentrée d’argent régulière!

Nos filles sont donc maintenant responsables de l’achat des jouets (lire : gogosses) achetés en dehors des fêtes ou occasions spéciales, de leur musique, des applications pour mon iPhone, des friandises lors de sorties, ou du super-cool-t-shirt-rouge-plein-de-brillants-mais-absolument-superflu que Sofia vient de voir chez Gap. Nous continuons à payer les sorties familiales et certaines gâteries qui y sont directement reliées comme le popcorn au cinéma. Par contre, finis les toutous souvenirs lors d’activités ou les slushs lorsque l’on part faire des commissions… à moins qu’elles sortent leur argent. Je l’avoue, c’est absolument libérateur de ne plus avoir à dire non ou pire encore, plier une fois pour ensuite le regretter chaque fois qu’on nous le remet sur le nez!

Pour le moment, nous les laissons entièrement libres de dépenser ou d’épargner. Je veux qu’elles apprennent d’elles-mêmes la satisfaction d’attendre pour avoir LE jouet espéré, et qu’elles se frustrent d’elles-mêmes d’avoir gaspillé de l’argent pour une bebelle futile. Tranquillement, j’implante la notion d’épargne et celle du don. Il n’y a rien comme l’expérience et apprendre soi-même de ses erreurs et de ses bons coups. Certains parents fonctionnent autrement (j’y reviendrai) et c’est tout aussi valable. Il faut savoir s’ajuster en fonction de nos valeurs et de nos propres façons de faire.

 

  • Établir des versements réguliers.

Il est important de respecter la régularité des versements, autant du côté du montant que de la date du versement. Cette précaution permet d’éviter les questions ou de créer de l’insécurité. Elle aide aussi les enfants à planifier, donc à se responsabiliser.

Par exemple, de notre côté nous versons l’argent de poche le vendredi de chaque semaine, au retour de l’école. Quand les filles épargnent pour un achat plus dispendieux, elles sont capables de calculer le nombre de « payes » qu’il reste avant d’atteindre leur objectif.

 

  • Ne pas juger les choix de consommation. (à moins qu’ils aillent à l’encontre des valeurs familiales!).

Au début, j’ai eu de difficulté à ne pas « orienter » subtilement les achats des filles, surtout ceux d’Audrey (plus jeune) qui étaient impulsifs et inutiles à MES yeux. J’ai toutefois vite réalisé que ma fille commençait à choisir ses dépenses pour me satisfaire et non pour se satisfaire elle-même. Une très mauvaise habitude à développer si je voulais lui apprendre à devenir une consommatrice responsable!

Je lui ai donc expliqué que c’était mon erreur, que je n’avais pas à lui dicter quoi acheter avec son argent (dans les limites du raisonnable) et qu’à l’avenir elle serait libre de choisir seule ce qu’elle faisait avec son argent (même si c’était pour acheter un 105e toutou). Qu’il n’y avait pas de mauvais choix pourvu qu’il corresponde à ce qu’elle désirait! Après quelques achats impulsifs (et inutiles), c’est d’elle-même qu’elle a commencé à épargner pour acheter de « vrais » jouets qu’elle voulait avoir depuis longtemps.

Dans un but éducatif, il est donc important de laisser les enfants faire de mauvais choix. Surtout que les conséquences à 6 ans sont loin de celles que devrait assumer un adulte de 20 ans! Et si l’enfant regrette son achat, il est tout aussi important de ne pas le rembourser! Il doit apprendre dès le début qu’il y a des conséquences à dépenser son argent et qu’une fois que le porte-monnaie est vide, il est vide. S’il peut échanger le produit, vous pouvez l’aider à le faire, ou encore lui suggérer de le revendre lors d’une vente de garage. Sinon ça sert de leçon pour une prochaine fois!

 

  • L’argent ne sert pas de punition.

Pour nous, l’argent ne sert pas à contrôler le caractère. Oui, l’argent de poche sera réduit ou coupé si les tâches dont les enfants sont habituellement responsables sont volontairement mal faites. Mais un mauvais comportement ne sera pas puni par l’abolition de l’argent de poche. Nous préférons des conséquences directement reliées au méfait. Par exemple, si Audrey se fâche après sa sœur en jouant à la Wii, elle sera privée de jeux vidéos pendant une période de temps correspondant à l’ampleur du méfait. Elle ne sera pas privée de son argent de poche.

 

  • L’entraide ne se marchande pas.

Nous valorisons autrement que par l’argent de poche l’entraide entre les membres de la famille. Sofia a récemment vécu une période où elle nous aidait, mais faisait clairement sentir que ce n’était pas de bonté de cœur! J’aurais pu couper son allocation, car elle ne faisait pas ses tâches dans le bon esprit. Mais elle n’aurait rien appris, et n’aurait été que plus frustrée.

Nous avons donc discuté de ce qu’était la véritable entraide, du fait qu’aider en rouspétant affectait l’humeur tout le monde et faisait en sorte qu’on aimait mieux se débrouiller seule. Son attitude désagréable se ressentait sur l’ambiance familiale, personne ne voulait de son aide… et personne ne voulait l’aider non plus. Je lui ai fait tenter l’expérience d’aider avec le sourire (même forcé) sans rien attendre en retour versus aider en tapant du pied. Je lui aussi demandé de prendre note de tous ceux qui l’aidaient autour d’elle sans attendre qu’elle rende la pareille : un inconnu qui ramasse un objet échappé, un autre qui nous donne son panier à l’épicerie, sa sœur qui ramasse ses souliers, son père qui fait son lunch. Ce fut beaucoup plus efficace et éducatif que de lui retirer son argent de poche de la semaine!

À la maison, tous les membres de la famille ont des responsabilités et nos filles savent qu’elles doivent continuer à nous aider sans s’attendre à être rémunérées. Parfois, je peux demander si elles veulent gagner une somme supplémentaire en échange d’une tâche spécifique. En d’autres occasions, elles me demanderont si elles peuvent faire quelque chose de spécial pour gagner de l’argent. Mais en règle générale, si je demande un service, elles le font par générosité (ou obligation!) et non pour être payée. En l’absence de papa par exemple, elles savent que toute la famille doit en faire un peu plus sans rien attendre en retour, sinon la satisfaction personnelle d’avoir aidé et fait plaisir à quelqu’un.

 

  • Achetez maintenant, payez plus tard?

Rapidement, votre enfant voudra une avance sur sa « paye » pour se procurer LE jouet tant désiré. Et c’est LE moment pour lui apprendre à gérer le crédit.

De notre côté nous acceptons rarement de le faire, et seulement pour un montant qui peut être remboursé lors du versement de la prochaine allocation. Et peu importe le montant emprunté, aussi insignifiant semble-t-il à nos yeux, il est important que notre enfant nous rembourse. Si on veut qu’il apprenne la valeur de l’argent, il doit respecter chaque montant qu’il dépense.

Attention au relâchement ou à l’attendrissement qui pourraient vous faire dire « Ah ça peut attendre! » ou « Oublie ça pour cette fois-ci! » ou encore « Ce n’est pas grave, ce n’est que 0,50 $ ». Je sais, j’ai failli me laisser prendre! C’est dans ces moments de faiblesse qu’il est important de savoir pourquoi nous versons une allocation à nos enfants et quelles leçons nous souhaitons leur enseigner. Ce sont précisément ces réactions, nos réactions, qui forgent leur relation avec l’argent et la valeur qu’ils y accorderont toute leur vie.

Il y a quelques semaines, Sofia voulait s’acheter une poupée de la collection Monster High. Il lui manquait seulement une « paye » pour pouvoir se la procurer. Sa sœur lui a spontanément offert de lui prêter l’argent! Nous sommes donc partis magasiner et une fois à la caisse, même si nous avions tout recompté deux fois avant de partir il manquait 0,25 $ que j’ai bien évidemment « avancé » à ma fille!

Le vendredi suivant, au moment de verser les allocations, Sofia a remboursé sa sœur ET mon 0,25 $… que j’avais d’abord pensé « oublier »! Heureusement, l’éducatrice a pris le dessus sur le cœur de maman et j’ai gentiment accepté son remboursement. Ce geste peut sembler égoïste ou insignifiant, mais pour avoir aidé trop de gens incapables de gérer leur argent, je sais que c’est dans les petits détails et dès le plus jeune âge que les bonnes et les mauvaises habitudes se développent.

 

  • Utiliser les notions de mathématiques.

Si vous n’avez pas le montant exact à verser au moment du paiement, c’est l’occasion parfaite pour pratiquer des notions de mathématiques. Leur offrir un billet de 20 $ et demander du change, ou échanger leur 0,25 $ contre 1 $ permet d’assimiler des opérations de base de façon amusante.

 

Est-ce que l’expérience a porté fruit?

La suite : Argent de poche : efficace ou non 

Lyne Desruisseaux

Spécialiste en finances personnelles et rédactrice.

7 Comments

  1. Juste pour te dire que je suis très contente de te voir de retour 🙂
    J’ai aussi hâte de savoir ce que vous avez finalement fait pour l’Halloween!

  2. Raisonnable tout ça !
    Mon fils aîné, économise pour s’offrir ce dont il a vraiment envie … Même si souvent je ne suis pas d’accord. Les jouets, et jeux coûtent une fortune !! Mais, étant donné qu’il gère tout de même plutôt bien …
    L’argent de poche, pour ma petite dernière 7 ans … c’est -tout à crédit -!! … Sa phrase : “Mais j’te rembourserai maman !!!”

    Du coup, en lisant ton article, ça me fait penser qu’il va falloir être plus attentif ! Et de ne pas perdre de vue l’idée de départ qu’il s’agit effectivement d’un apprentissage à gérer son portefeuille !!

    Merci pour ton partage 😉

    1. Ça me fait plaisir Nath! La meilleure façon de développer de bonnes habitudes financières c’est effectivement d’apprendre à la maison. À 7 ans, tu as encore le temps 😉 Mais plus on le fait vite, plus c’est efficace!

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