Laisser pousser nos racines…

Laisser pousser nos racines... pour mieux fleurir.

Ce weekend, nous avons travaillé sur notre terrain. Mon Guerrier nous a construit une boite pour le jardin de légumes, j’ai enlevé les mauvaises herbes sur le bord de la piscine, nous avons remplacé la gravelle de nos platebandes par des roches de rivières, et les filles ont semé des fleurs sauvages.

À plusieurs reprises, Sofia m’a confié à quel point elle était heureuse d’aménager notre espace, de le rendre beau « pour nous », de mettre notre empreinte au cœur de notre oasis. Grâce à tous ces petits travaux, elle a l’impression que la maison lui appartient davantage. Ajouter des fleurs, remplacer certaines installations l’aide à se sentir « chez elle », et non chez les anciens propriétaires. Elle dit aussi être heureuse de le faire « pour nous », et non pour le prochain acheteur.

Ça fait tout drôle d’entendre ma grande fille reprendre mes propres mots. Est-ce qu’elle en serait venue à la même conclusion si elle ne m’avait pas entendue répéter mes impressions ? Elle qui aimait déménager… je ne peux m’empêcher de craindre d’avoir teinté ses émotions. Avant, ou aujourd’hui. Mais je pense que l’important, c’est qu’elle soit présentement sincèrement heureuse. Mes commentaires l’ont peut-être incitée à voir les choses sous un angle différent. Peut-être a-t-elle tout simplement compris l’importance d’apprécier et de profiter du moment présent. De toujours en extraire le positif. De vivre à 100 % les aventures qui se présentent à nous. Comme celle de s’installer « pour de bon ».

Pour le moment, nous savourons tous cette nouvelle expérience, et nous remarquons les nombreux avantages à s’installer pour rester. Même si ça demande aussi une certaine adaptation. Parce que s’installer pour rester :

  • C’est planter un arbre et le voir pousser… s’il survit.
  • C’est planifier l’aménagement paysager en deux phases… ou quatre. Et c’est croire que nous serons encore là pour le terminer et en profiter. 
  • C’est voir mon plancher de bois franc marqué par les griffes de notre chien, sans soupirer parce qu’il devra être réparé avant de mettre la maison en vente. Nos murs (et nos planchers) peuvent garder et exposer les cicatrices de nos vies.
  • C’est ne pas sentir l’urgence de visiter notre nouvelle province d’adoption. C’est accepter de ne pas partir tous les weekends pour explorer de nouveaux endroits, car ils seront encore là l’été prochain… comme nous.
  • C’est être déjà heureux à l’idée que dans deux ans, les pièces ne seront pas envahies par des boites de carton.
  • C’est vivre avec les conséquences à long terme de nos choix. Comme celui d’une école. C’est faire confiance que les raisons de ce choix sont les bonnes, même si plusieurs personnes ne comprennent pas. Et croire que nous avons été guidés vers la meilleure solution pour nous.
  • C’est aborder les relations sociales d’une façon différente. Parce que nous ne partirons pas dans deux ans, nous avons le temps de « prendre le temps » de connaitre (ou saisir) les gens qui croisent notre chemin, avant de développer une camaraderie. Ce qui peut être dommage dans certains cas où nous nous privons de quelques mois de soupers entre amis. Mais ce peut aussi être une prudence très rentable dans d’autres cas. Nos mauvais choix ne disparaitront pas de si tôt…
  • C’est voir les enfants grandir. Ceux des autres. Les amis de nos enfants par exemple. Je n’ai jamais vu un enfant grandir ! Ou presque… Certains à coup de 2 ans, lors de visite sporadique. Quelques-uns sur Facebook, par l’entremise des photos partagées par leurs parents. Mais pour moi, les p’tits voisins et les p’tits amis sont gelés dans le temps.
  • C’est passer du « vous » au « nous ». Ça m’est arrivé hier matin, en discutant de la disponibilité (et du prix !) des fruits et légumes. Je me suis surprise (le mot est faible !à dire « Nous sommes chanceux en Nouvelle-Écosse, nous avons… », plutôt que « Vous êtes chanceux en Nouvelle-Écosse, vous avez… ». Une subtile différence dans l’art de formuler nos commentaires… une façon de démontrer que l’on accepte d’appartenir, de s’identifier, de s’intégrer. Ça commence dans les petits détails.

Après des années de saltimbanque, je deviens enfin adulte… et sédentaire… Pour le plus grand bonheur de ma fille.

Et le mien.

Je pense.

Je ne sais pas combien d’année ça prendra pour taire ma petite voix qui me chuchote à l’oreille que j’aime ça parce que c’est nouveau… Parce que comme pour chaque destination, j’embarque dans cette aventure à cœur grand ouvert. Et dans deux ans, ou quatre ans, l’odeur des boites de carton me manquera. Ou non…

J’avoue que les côtes du golf du Mexique sont très attirantes…! 😉

Lyne
Maman, spécialiste en finances personnelles, blogueuse.

7 Comments

  1. Tes textes me font du bien… Tu décris si simplement le bouleversement des vies des familles militaires. J’ai hâte d’être au moins point que vous. Bonne continuation!

    1. Merci Annie pour ton commentaire. 🙂 Quand nous sommes pris dans le feu de l’action, nous gérons tous ces bouleversements parfois sans trop se poser de question. C’est quand nous arrêtons qu’on réalise à quel point ils nous affectaient… même s’il y avait toujours quelque chose de merveilleux qui venait avec. Est-ce que ce sont les mutations que tu as hâte d’arrêter?

  2. J’ai trouvé difficile de devenir sédentaire. Nous ne sommes pas une famille militaire, mais chéri et moi aimons bouger. J’ai vécu en Europe, en Afrique. Nous sommes sédentaires depuis une dizaine d’années et je m’y fais, j’y vois une tonne d’avantages, mais les découvertes de l’autre me manquent. Très beau texte!

    1. Merci Mel! 🙂 Découvrir un endroit en y demeurant est tellement différent de ce que nous pouvons percevoir pendant un voyage. J’ai peur que cette dimension des rencontres humaines et sociales me manquent aussi. Tout comme l’aspect « repartir à neuf », s’offrir une nouvelle vie…

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