Différentes sortes de richesses…

Je peux maintenant compter en nombre de mois le temps qu’il nous reste à vivre à Trenton. Un déménagement pour une destination encore inconnue nous attend quelque part en juillet prochain.

Je me suis dit qu’il serait temps de faire un premier bilan de notre séjour dans la région… même j’ai de la difficulté à percer le mystère Trenton.

Des gens passent une semaine sur la plage d’une ile des Caraïbes et reviennent avec plein d’étiquettes sur le « pays » qu’ils ont « visité ». Après 7 jours de bronzette, ils connaissent le peuple, sa culture, son combat, son histoire. Et tous les préjugés qui viennent avec…

En un an, je ne suis même pas certaine de pouvoir mettre le doigt sur ce qu’est Trenton.

Trenton est unique… même les villes situées à quelques kilomètres à peine témoignent d’une autre réalité, expriment un autre dynamisme. Brighton, Colborn, Stirling, Picton et toute la région de Prince Edward County, offrent une expérience entièrement différente.

Trenton est une ville facile à aimer ou détester. Plusieurs l’aiment pour sa température, la proximité de l’eau, la campagne, sa simplicité. D’autres la détestent pour sa pauvreté, son manque de dynamisme et l’odeur de ses usines.

Moi? Je trouve l’expérience enrichissante, même si Trenton ne me manquera pas. Je ne peux pas dire que j’ai détesté ma première année, je ne peux même pas dire que je déteste Trenton. J’ai seulement l’impression de vivre dans un univers parallèle depuis des mois! Mais il y a des choses que j’ai appris ici que je n’aurai pu apprendre ailleurs. Et ça, pour moi, ça n’a pas de prix.

Par exemple :

  • La dynamique de l’Air Force, ses règles et coutumes si différentes de l’Armée. Son assouplissement des frontières professionnelles; son côté easy going presque hippy, comparé à la rigidité de l’Armée; sa culture centrée sur les besoins des individus plutôt que de la collectivité; la stabilité de son personnel.
  • La vie dans les PMQ d’une Air Force base anglophone. La stabilité du personnel change la dynamique d’une communauté si on la compare à Valcartier où les mutations sont régulières, et où le contexte opérationnel diffère complètement.
  • La fréquentation d’une petite école francophone dans un milieu anglophone, la sensibilisation à la réalité des Franco-ontariens, la perception qu’ils ont de leur position dans une province anglophone.
  • L’exclusion du monde de la consommation, la sous-qualité des produits offerts et le manque de variété.
  • Le plaisir d’être à 8 minutes de n’importe quelle destination locale…

Au cours de la dernière année, j’ai été en contact avec de nombreux résidents qui n’étaient jamais sortis de leur région, qui n’étaient jamais allés à plus de 30 km de leur maison natale, et qui n’ont même jamais envisagé de posséder un passeport pour traverser la frontière canado-américaine qui n’est pourtant qu’à quelques kilomètres. Plusieurs travaillent à l’usine ou enseignent à la même école depuis des générations. Oui, c’est une situation que l’on retrouve à la grandeur du pays. Mais ce qui m’étonne ici c’est la quantité de personnes pour laquelle c’est une réalité, une réalité qu’ils n’ont jamais envisagé de changer. Je crois que c’est le manque de questionnement qui m’a le plus ébahie…

J’ai côtoyé des familles de militaires qui vivent depuis 17 dans le même PMQ… d’autres qui sont encore bouleversés d’avoir vécu l’absence causée par un cours de 3 mois à Borden… et plusieurs qui espèrent ne jamais quitter la région, car ils souhaitent y prendre leur retraite.

« Nous ne voyons jamais les choses telles qu’elles sont, nous les voyons telles que nous sommes. » — Anaïs Nin

Ce sont tous des aspects qui peuvent sembler très banals et normaux pour bien des gens. Mais pour moi c’est un autre univers!

J’ai été élevée par un père qui a parcouru le monde pour son travail et ses loisirs. Pour moi, la planète est immense! J’ai besoin de voyager, d’explorer, de découvrir. Le désintérêt pour la vie au-delà des limites d’une ville m’intrigue… De plus, pour un tas de raisons, je n’ai pas de racine. Observer la profondeur de celles d’autres familles, et les restrictions régionales qu’ils s’imposent au nom de ces racines me fascine.

Je suis conjointe d’un fantassin, un métier dont les conditions de travail ont un impact particulier sur la famille, que ce soit en raison des mutations, des nombreux exercices, des montées en puissance, des déploiements, ou des risques. Les autres métiers ont aussi un impact direct sur les familles, et je ne dis pas qu’une situation est mieux ou pire que l’autre. Mais la façon dont ça se traduit au quotidien est différente. Par exemple, nous ne vivons pas les quarts de travail. Par contre, nous sommes mutés aux 2 ou 3 ans.

Je pensais, avant de vivre en Ontario, que j’étais canadienne-française comme tous les francophones. Mais il y a toute une différence entre les Franco-ontariens et les Québécois. L’utilisation de la langue française est différente. La problématique face à notre statut de minorité au sein d’un pays anglophone et notre appartenance culturelle le sont aussi. Mon expérience ici, plus qu’en Géorgie ou même à Kingston me démontre que je suis finalement Québécoise. Une identité qui représente le même écart que celui que nous observons entre les Canadiens anglais et les Américains. J’ai voyagé et demeuré aux États-Unis, j’ai grandi au cœur de la culture américaine qui est très différente de la culture canadienne-anglaise. Et c’est en demeurant dans une région loyaliste que l’on en prend pleinement conscience.

Dans les prochains mois, j’espère affiner ma perception de la région, de ses habitants, de ses règles et de ses non-dits. Comprendre les particularités et découvrir leur origine.

Je sais que ma perception de la région est teintée par mes expériences passées, mes intérêts, mes valeurs personnels. J’essaie d’en faire abstraction pour connaitre le « vrai » Trenton. Mais après un an, mes observations et les commentaires des autres personnes qui vivent ou ont vécu ici me confirment ce que Gustave Flaubert a dit bien avant moi : « Il n’y a pas de vérité, mais seulement une perception. »

Si la pauvreté économique de Trenton en frappe plusieurs au premier contact, la richesse d’apprentissages que l’on peut y faire compense grandement. Et au travers toutes nos mutations, c’est d’abord et avant tout ce que je recherche.

Lyne
Maman, spécialiste en finances personnelles, blogueuse.

3 Comments

  1. très intéressant ton analyse. (bon, je ne connais pas grand chose au canada à par mes deux petits séjours entre Montreal et Quebec).. j’attends avec impatience de savoir où tu repars .. un retour au quebec est il possible ? ou alors plus loin en BC ou Alberta ?

    1. Le Québec est très peu probable, il n’y a pas beaucoup d’emploi disponible pour mon Guerrier. J’adorerais aller dans l’Ouest mais cette fois-ci ça risque d’être Ottawa. C’est une belle ville qui risque d’être très intéressante! À suivre 🙂

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