Argent de poche : efficace ou non?

argent de poche efficace ou non

Il y a quelques jours, je publiais un texte au sujet de l’argent de poche et je partageais avec vous notre expérience. Voici maintenant ce que les principaux intéressés en pensent!

 

Selon Maman :

Après quelques mois, je remarque déjà de grands changements chez nos deux filles. Toutes les deux ont appris à retarder leur besoin de satisfaction pour obtenir ce qu’elles veulent vraiment et elles commencent tranquillement à prioriser leurs désirs (un long processus qui demandera encore beaucoup de travail comme chez la plupart des adultes, moi y comprise 😉 ).

La grande victoire de Sofia c’est d’éprouver plus de facilité à faire des choix, quelque chose qui a toujours été difficile pour elle. Notre fille ainée a rapidement réalisé que consommer, c’est choisir à la puissance 10! À l’aide des discussions que nous avons eues sur ce que représentait un mauvais choix pour elle, sur ses conséquences, comment évaluer le risque selon la situation et surtout l’expérience, elle prend aujourd’hui de l’assurance.

La grande victoire d’Audrey fut de réussir à épargner, même un très gros montant, plutôt que dépenser son argent au fur et à mesure. Son désir d’obtenir un jouet en particulier l’a poussé à faire preuve de volonté et de détermination, ce qui fut un grand moment de fierté pour elle.

Pour nos deux princesses, l’aspect pratique de la gestion de leur argent leur a permis de développer en très peu de temps leur compétence de consommateur responsable, mais surtout d’acquérir des aptitudes qu’elles peuvent transférer dans d’autres domaines de leur vie. La maman est extrêmement fière de ses filles, et la conseillère en consommation très satisfaite de l’expérience!

Côté budget familial, malgré cette nouvelle dépense nous réalisons des économies. On s’entend, on ne sauve pas une centaine de dollars par mois, mais les 2 ou 3 $ payés ici et là pour acquiescer parfois aveuglément à leurs nombreuses requêtes dépassaient la somme que nous leur versons maintenant chaque semaine (Chut! Ne leur dites surtout pas!).

Pour moi, un peu maman gâteau, c’est aussi une libération de ne plus être « responsable » des gâteries. Si je veux qu’elles apprennent à épargner pour satisfaire un besoin, je dois mettre la pédale douce sur les trucs qu’auparavant j’aurais achetés pour elles.

Avant de vous lancer dans une telle aventure, soyez toutefois prêt à être questionné sur vos propres dépenses, vos priorités financières et vos choix de consommation. Les enfants qui acquièrent de nouvelles connaissances adorent les mettre en pratique sur leur entourage!

Bon, il n’est pas nécessaire de faire le ménage complet de nos finances personnelles avant d’implanter un système d’allocation, ou d’ouvrir les livres de comptes devant notre progéniture! Mais il ne faut pas oublier que les enfants apprennent davantage par l’exemple que les beaux discours, et qu’ils n’hésiteront pas à questionner vos choix si vous leur imposez des règles qu’ils doivent appliquer dans leurs transactions. J’en fus la première « victime »!

Un matin, alors que je partais magasiner pour une robe, Sofia m’a bombardée de questions : est-ce que j’avais prévu cette dépense au budget? Est-ce que j’allais devoir « couper » ailleurs pour me procurer ma robe? Quel montant total j’avais prévu? Et, à mon retour, elle s’est empressée de me demander si j’avais respecté mon budget initial! J’étais amusée de me faire questionner autant, et heureuse de voir que la notion de consommateur responsable faisait son chemin.

Sans déballer toute notre situation financière devant nos enfants, nous discutons des grandes lignes, des choix que nous faisons et de la raison de ces choix. Certains parents n’abordent jamais la question des finances familiales avec leurs enfants et je crois que c’est une erreur. En plus de créer de l’insécurité et de la confusion entre notre discours et notre comportement, nous les privons d’un apprentissage essentiel au développement de leur autonomie.

 

Et Papa lui?

Au départ, mon Chéri n’était pas emballé par l’idée de verser une allocation à nos filles. Selon lui, il s’agissait d’argent gagné trop facilement, sans réelle justification. Heureusement, il m’a fait confiance et il a accepté de tenter l’expérience.

Aujourd’hui, il est impressionné par la valeur éducative de l’exercice! Tout comme moi, il constate un changement d’attitude chez nos deux enfants et peut voir l’effet bénéfique de l’éducation financière acquise via l’allocation hebdomadaire. Il est particulièrement frappé par l’attitude d’entraide que les filles ont développée, et qu’il espère qu’elles préserveront. Il remarque aussi le sentiment de reconnaissance qui augmente à mesure qu’elles prennent conscience du cout de la vie.

 

Ce que les filles en pensent! 

Au début, nos filles géraient différemment leur argent de poche et c’était très révélateur de voir comment elles dépensaient ou épargnaient leurs sous. Mais chacune à sa façon, elles ont retiré de belles leçons.

Quand j’ai demandé à Sofia ce qu’elle pensait de l’argent de poche et de tout ce qu’elle avait appris depuis qu’elle en recevait régulièrement, sa première réponse fut : « J’ai plus de chance d’acheter ce que j’aime! » Selon elle, recevoir une allocation prouve qu’elle est « plus grande » et autonome. Elle dit être fière d’avoir de l’argent et pense que c’est une bonne expérience. Elle est particulièrement heureuse d’avoir acheté sa poupée Monster High!

Argent de poche : efficace ou non?

Pour Audrey, sa plus belle réussite fut l’achat d’un chat (encore un toutou) qu’elle voulait depuis très longtemps, mais qui était plutôt dispendieux. Ma puce qui dépensait immédiatement chaque dollar qu’elle gagnait a réussi à épargner plus de 40 $! Tout un exploit quand on considère qu’elle n’a que 6 ans, qu’elle gagne 3 $ par semaine et qu’elle avait l’habitude de tout dépenser au fur et à mesure! Et comme l’Univers aime récompenser les beaux efforts, elle a obtenu un rabais substantiel grâce à un hasard de la vie.

En effet, le jouet en question se vendait 80 $ à prix régulier. Audrey a tout de même décidé d’épargner en espérant que si elle n’avait pas tout l’argent avant Noël, le Père Noël l’aiderait un peu en décembre 😉 Un matin que nous comptions son argent pour voir où elle en était rendue, j’ai vérifié le prix exact sur internet et découvert que son chat était en spécial à 40 $! J’ai téléphoné au magasin pour confirmer qu’ils avaient le produit en succursale : il en restait 2 et le spécial se terminait à minuit le même jour! Wow! Elle avait réussi à épargner le montant exact, incluant les taxes! Quel beau cadeau!

Argent de poche : efficace ou non?

Audrey m’a confié qu’elle aime recevoir une allocation, car ça lui permet d’acheter « ses » affaires, ça prouve qu’elle travaille bien et elle est très heureuse d’avoir acheté son petit chat!

 

D’autres façons de rémunérer nos enfants?

Si certaines familles favorisent le versement d’une allocation hebdomadaire, d’autres préfèreront rémunérer des tâches. Cette façon de faire part du principe que l’argent, ça se mérite et ça provient du travail.

C’est une approche qui est aussi valable et qui peut être efficace. Le choix d’une méthode ou de l’autre se fait en fonction des valeurs de chaque famille, et de ce que l’on veut transmettre à nos enfants. L’important c’est d’avoir un principe d’éducation derrière le geste, de s’assurer qu’il respecte nos valeurs et d’être prêt à donner l’exemple afin d’être crédible.

La réticence que j’éprouve avec la rémunération des tâches, c’est l’inégalité des versements. Au début, les jeunes enfants sont très motivés par la possibilité de gagner de l’argent en effectuant des travaux. Malheureusement, après quelque temps ils risquent de préférer se passer d’argent plutôt que de travailler. Et, souvent sans même vous en rendre compte, vous risquez de recommencer à leur payer des trucs qu’ils devaient payer eux-mêmes. L’opportunité d’apprendre à devenir de bons consommateurs est manquée.

L’autre danger, c’est que l’effort n’a pas à être constant… Ils travailleront plus quand ils auront besoin d’argent, mais pas du tout quand ils n’ont pas à dépenser. C’est alors plus difficile d’initier les jeunes à la notion d’épargne ou de don. Ils sont motivés par un objectif concret, ce qui est bien en soi, mais le seront-ils sans la carotte de la consommation? 

À la maison, nous combinons les deux méthodes. Les filles reçoivent une allocation hebdomadaire, qu’elles peuvent augmenter en effectuant des travaux supplémentaires. Certaines tâches sont non rémunérées, car elles font partie de la vie familiale (faire leur lit, ramasser leur chambre, desservir la table après le repas, etc.), mais je leur trouve de petits extras lorsqu’elles veulent en avoir plus. 

Il existe d’autres alternatives ou combinaisons de méthodes pour initier nos jeunes à la gestion de leur argent, et c’est à chaque famille de trouver celle qui lui convient le mieux. Je crois qu’il n’y a pas de bonnes ou mauvaises méthodes pourvu que celle choisie respecte les valeurs des parents, que l’intention derrière le geste et que les règles soient claires, et qu’elles soient appliquées avec rigueur. 

Le plus important, c’est d’apprendre à nos enfants à gérer de l’argent avant qu’ils obtiennent un premier emploi ou quittent la maison. Nous leur donnons ainsi les outils pour qu’ils soient autonomes, responsables et qu’ils évitent les nombreux pièges de notre merveilleux monde de la consommation. Sans oublier que les habitudes acquises à un jeune âge sont celles qui perdurent. Quel bel héritage à leur transmettre! 🙂 


Chaque samedi, je publie un texte portant sur les finances personnelles et familiales ou sur le merveilleux monde de la consommation. Consultez l’onglet « Finances » pour trouver tous les textes, des outils et des ressources pertinentes.

Vous retrouverez aussi certains de mes textes (et bien d’autres sujets intéressants) repris du côté du web magazine Économie et cie. Allez y jeter un coup d’œil! 

 

Lyne Desruisseaux

Spécialiste en finances personnelles et rédactrice.

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