6 h 50 lundi matin : première crise de Sofia pour jouer avec mon iPhone. Pas de « Bonjour Maman! ». Pas de sourire. Juste une frustration clairement exprimée de ne pas être la première à se servir de MON téléphone!
Ce fut le début de la fin : retrait complet des privilèges technologiques et mise en place d’un plan d’attaque.
Nous avons de magnifiques filles! Belles en dedans et en dehors. Elles sont aimables, polies (avec les autres), généreuses, éveillées, intelligentes et drôles. Lors de la rencontre avec les professeurs de Sofia, toutes deux ne tarissaient pas d’éloges à son endroit! Ses succès scolaires, sa gentillesse, sa curiosité, son désir d’apprendre, sa disposition naturelle à aider ses amis.
Alors oui, nous sommes extrêmement fiers de nos deux filles. Mais nous sommes aussi réalistes : elles sont gâtées pourries! Elles n’apprécient plus rien et font preuve d’ingratitude.
Je sais, la situation n’est pas encore catastrophique et plusieurs diront : « C’est normal! Ils sont tous comme ça à cet âge! »
Premièrement : non. Ce n’est pas « normal ». Très courant. Très répandu en Amérique du Nord. Mais pas « normal ». Encore moins « acceptable ».
Deuxièmement : non ils ne sont pas tous comme ça. C’est vrai, les enfants ont une tendance naturelle à être égocentrique, mais ils ne sont pas tous gâtés. J’ai côtoyé plusieurs jeunes dans ma vie qui savaient apprécier ce qu’ils avaient.
Est-ce que ça me tente de me lancer dans un programme de réhabilitation? Non. Ça serait tellement plus simple de se plaindre et ne rien faire. De m’en laver les mains, me déresponsabiliser en disant que c’est « normal », que c’est comme ça aujourd’hui, que c’est la société qui est comme ça. Endurer, fermer les yeux ou chialer. Mais ce n’est pas le genre d’humain que je souhaite élever. Ce n’est pas le genre de mère que je rêve d’être.
Alors je dois intervenir.
1re étape : remplacer le calendrier de l’avent par un don pour les démunis. Nous devions fabriquer notre propre calendrier de l’avent lors de la journée pédagogique de vendredi. Une version réutilisable que je pourrais remplir de gâterie, d’activités et de cadeaux. Encore des dépenses et du matériel… Alors nous commencerons la saison du partage par sacrifier cette activité et l’argent qui lui était révolus pour le remettre à une oeuvre de charité. Ça peut sembler extrême, mais croyez-moi, il y a encore plein d’activités spéciales de prévues d’ici le 25 décembre!
2e étape : bénévolat pour tous, dans un milieu défavorisé. Parce qu’il faut agir, pas seulement donner des biens matériels. Donner du temps. De l’énergie. Les filles sont déjà généreuses et acceptent facilement de donner leurs jouets ou leurs sous pour aider les « pauvres ». Elles ont besoin d’aller plus loin. Elles ont besoin d’être confrontées à d’autres réalités. Oui l’argent peut être le nerf de la guerre et acheter la paix. Mais je ne veux pas que le matériel achète notre conscience sociale. Ce serait pourtant tellement plus simple. Mais pas très instructif.
J’avoue, mon implication bénévole, teintée d’altruisme, sera surtout motivée par mon désir de donner l’exemple et servir une leçon d’humilité à nos filles. Une forme de bénévolat égoïste, je m’en confesse… mais, plusieurs en bénéficieront quand même.
3e étape : remplacer le projet de voyage à Disney par un voyage d’entraide humanitaire. Nous sommes déjà allées 5 fois au Magic Kingdom (OK, Audrey une « seule » fois… mais c’est déjà plus que la moyenne des enfants de son âge!). Nos filles ont besoin de connaitre l’envers du décor.
Je ne veux pas qu’elles envoient de l’argent à un enfant d’Afrique qui nous écrira 3 fois par année pour nous remercier. Je veux qu’elles vivent avec cet enfant, qu’elles expérimentent sa réalité. Sofia & Audrey sont rendues au point où tout les livres et l’argent du monde ne leur feront pas prendre conscience de la chance qu’elles ont de vivre ici.
Vivre avec des enfants dont les conditions de vie sont différentes, partager leur réalité et les aider à améliorer leur quotidien sera plus enrichissant pour elles. Et quelle aventure familiale à partager!
J’ai déjà quelques idées en tête, pour mettre ses trois projets en place. Quelques personnes que je peux contacter pour des références. Quelques modèles de réussite pour un projet si ambitieux.
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Est-ce que je mettrai mon plan à exécution? Peut-être pas aujourd’hui… Mon pétage de coche à saveur humanitaire a eu des retombées :
— Les deux filles ont accepté le fait qu’elles n’auraient pas accès à nos iPhone, iPad ou ordinateur de la semaine, sans rechigner.
— Sofia m’a aidée à préparer le déjeuner, sans que je lui demande. Elle fut d’une politesse et d’une collaboration exemplaire toute la journée!
— Après être allé conduire sa soeur à l’école, Audrey est venue me porter une clémentine et le pot de Nutella… avec son assiette préférée (je sais, je suis facilement achetable!).
— Mon Guerrier a parsemé la maison de messages d’amour.
Alors la pression d’agir pour « changer le monde » redescend tranquillement. Ce qui reste : pas de iPhone ni iPad pour la semaine (un timing que je vais tellement regretter avec mon Guerrier en exercice pour 15 jours consécutifs!). Et le désir de faire les choses différemment…
Je vois déjà le sourire de mon Amour, qui lit ses lignes sans surprises connaissant mon tempérament fougueux et passionné qui se calment généralement assez vite. Tout comme il respecte mon besoin de « sauver le monde » et de laisser la planète dans un meilleur état que celui dans lequel je l’ai trouvé… Lui qui était prêt à me suivre en Amérique du Sud pour faire du travail humanitaire sera peut-être soulagé de retourner à Disney ou s’étendre sur une plage cubaine
Mais pour moi, l’idée fait son chemin. Et si ce n’est pas d’ici Noël, bientôt les filles expérimenteront la réalité du monde qui les entoure et auront l’occasion, elles aussi, de poser un geste pour le rendre meilleur.
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