Le suicide de Marjorie Raymond a bouleversé le Québec. Une autre adolescente qui s’enlève la vie parce qu’elle est victime d’intimidation à l’école. Chaque fois que j’apprends une telle nouvelle, ça m’arrache le coeur. Et ça me révolte! Chaque fois je me dis : où étaient ceux qui devaient la protéger? Comment a-t-on pu en arriver là? Difficile de ne pas juger. Difficile de ne pas blâmer. Encore plus difficile de rester indifférent.
Depuis deux jours j’essaie d’organiser mes idées. Je lis ce qui s’écrit sur le sujet, je regarde les vidéos, j’écoute ce que les gens ont à dire. Et j’essaie de trouver une façon d’exprimer mon opinion sans blesser ni choquer personne… impossible.
Alors voilà :
Non, je ne crois pas que l’intimidation puisse être éliminée de nos cours d’école. Et vous savez quoi? Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de le faire! Pour deux raisons :
Premièrement, ce qui me fait peur avec toutes les campagnes de sensibilisation et les « Non à l’intimidation! » c’est qu’on stérilise nos écoles sans rien enseigner à nos enfants. À part quelques établissements où les initiatives étudiantes sont remarquables, on n’éduque pas des enfants plus respectueux, soucieux des conséquences de leurs actes, habilités à gérer un conflit ou RESPONSABLES. On repousse le problème en dehors du système scolaire.
Si nos écoles deviennent aussi aseptiser en gestion de conflit qu’en sandwich au beurre de peannut, comment nos enfants survivront-ils au monde adulte? Parce que guess what : l’intimidation existe aussi dans le monde des adultes! Alors au lieu de se suicider à la polyvalente, ils le feront chez McDo? Ah mais là, ce n’est plus un enfant alors ça nous touche moins avouez-le…
Mon deuxième problème avec ces campagnes de sensibilisation, qui sont très honorables en soi, c’est qu’encore une fois on évite de responsabiliser les parents. Ceux des bourreaux, comme ceux des victimes. On évite de se questionner : élevons-nous des victimes potentielles à force de surprotéger nos enfants? Formons-nous des bourreaux en devenir en leur donnant tout ce qu’ils veulent? En ne leur faisant jamais subir les conséquences de leurs actes? En excusant leurs comportements? À force de faire de la prévention, est-ce que nous hypersensibilisons les enfants et les adolescents?
L’intervention scolaire est importante. Même si je ne crois pas qu’une école puisse éliminer complètement l’intimidation, il est de son devoir d’éduquer les jeunes sur ce phénomène et les outiller afin qu’ils puissent s’en sortir. Victimes comme harceleur. Parce que plusieurs enfants n’ont pas la chance de vivre dans un milieu aidant. Tous n’ont pas la chance d’avoir des parents présents, physiquement ou mentalement. Mais surtout parce que ce type de comportement ne doit pas être encouragé. Et fermer les yeux revient à l’excuser et l’encourager.
Mais il y aura toujours de l’intimidation dans les cours d’école. Et la première place où il faut intervenir c’est à la maison! Les parents doivent se responsabiliser! C’est notre rôle d’enseigner à nos enfants à gérer leurs conflits. Ne pas ignorer un problème ou attendre que ça passe. Ne pas être une victime ni un bourreau. Ne pas attendre qu’un adulte règle leurs problèmes à leur place! Ne pas être un témoin silencieux mais oser intervenir pour mettre fin à une situation conflictuelle. À faire attention aux autres, comme ils aimeraient qu’on fasse attention à eux. Et assumer les conséquences de leurs actes!
Notre rôle, en tant que parent, est d’équiper nos enfants pour qu’ils soient en mesure de gérer la situation. Qu’ils soient la cible d’intimidation, c’est presque inévitable. Mais ils n’ont pas à devenir une victime. Parce que si la cour d’école les met en contact avec leur premier « bully », ce n’est certainement pas le dernier qu’ils vont rencontrer dans leur vie. Alors il faut que cette première expérience devienne marquante de façon positive. Elle peut même devenir enrichissante et valorisante. Les rendre plus forts et confiants en leurs propres ressources.
Alors au lieu de stériliser leur environnement jusqu’à ce qu’ils quittent le nid familial, pouvons-nous apprendre à nos enfants à vivre dans le « vrai monde »?
On ne peut pas continuer à élever nos enfants dans la ouate. Il faut arrêter de les surprotéger et leur faire voir le monde avec des lunettes roses. C’est la vraie vie qui les attend dehors! Regardez n’importe quelle mère du règne animal : elles sont le parfait exemple que c’est à la maison qu’on apprend à vivre et survivre!
Il faut élever des enfants solides. Des enfants capables de se tenir debout! Capables de gérer des conflits et des émotions autrement qu’en ayant recours au suicide. C’est une question de survie! Et nous en avons malheureusement le preuve encore une fois…

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