Mer agitée!

Parfois, lorsque l’on écrit un texte pour notre blogue, par le temps qu’il soit prêt à être publié les émotions se sont transformées. Nous avons pris une distance (ou retrouvé nos esprits) qui fait en sorte que nos mots ne sont plus d’actualité, qu’ils nous semblent disproportionnés ou irréels. C’est le genre de texte qui demeure habituellement dans la pile « draft » ou qui se retrouve carrément dans la poubelle.

Celui-ci j’ai décidé de le publier quand même… pour trois raisons.

Premièrement, parce que c’est vrai qu’à certaines heures je me sens exactement comme ça. Et même si ce n’est pas mon état d’esprit permanent, n’empêche qu’il fait aussi partit de ma réalité.

Deuxièmement, parce qu’on fait souvent mention des ravages du PTSD* chez les militaires, mais nous entendons rarement parler de l’impact des commotions cérébrales ou traumatismes crâno-cérébral (TCC) pourtant très courants dans un métier aussi « physique ». Il faut savoir que leurs conséquences peuvent être aussi graves que celles d’un PTSD et les possibilités d’en être victime beaucoup plus nombreuse. Une fois déclaré et diagnostiqué, le soutien pour les militaires qui en sont victimes est fantastique! Je suis témoin depuis quelques années déjà de tous les services et le soutien qui leur sont offerts. Il y a aussi de l’aide disponible pour les conjointes, mais ça n’empêche pas les émotions de parfois prendre le dessus ni le sentiment d’isolement de nous envahir.

Finalement, je publie mon texte surtout parce que j’ai déjà lu celui d’une conjointe prise dans la même situation que moi, et à l’époque il m’avait fait énormément de bien. Pour la première fois, je réalisais que je n’étais pas seule dans cette situation et que mes réactions étaient normales. Peut-être que mes mots et mon cheminement toucheront aussi une personne qui a drôlement besoin de les entendre!

*En français on dit TSPT pour trouble de stress posttraumatique, mais dans la vie courante on parle pratiquement toujours de PTSD (post-traumatic stress desorder).

Mer agitée

I need a break.

J’ai besoin d’un break. Pas de mes enfants. Pas de ma vie. Même pas de mon mari… J’ai besoin d’un break de PTSD, de TCC, de transition de carrière, de libération médicale.

Pendant toute la carrière de mon Guerrier, notre (ma) vie tournait autour de la sienne : ses missions, ses mutations, sa présence, ses absences, ses aventures (ou mésaventures).

Depuis son accident du 25 juillet 2014, tout gravite autour de sa rééducation, de sa guérison, de sa transition vers une vie civile. Et c’est intense. TOUT tourne autour de ça, 24 h sur 24. Oui, même la nuit quand ses sursauts me réveillent…

J’ai besoin d’un break de ma job de personnel de soutien et de cheerleader.

J’ai besoin d’un break d’être toujours vigilante : surveiller l’humeur de mon Guerrier et les situations qui pourraient déclencher des réactions nucléaires ou la fin d’un sourire et d’une ambiance joviale; je dois constamment évaluer l’atmosphère locale : distraire, faire semblant d’ignorer, dédramatiser, ajouter un brin d’humour ou initier une évacuation majeure! 

J’ai besoin d’un break des émotions en dents de scie. Quand une simple remarque de ma part (ou tout autre déclencheur qui passe inaperçu à mes yeux) entraine une période de silence, des réponses monosyllabiques, de la froideur ou de la distance.

J’ai besoin d’un break de ne pas avoir le droit de réagir ou de me plaindre. Que si je me fâche, je n’ai pas le droit de prendre le temps que JE veux pour reprendre mes sens! Car si je ne souris pas au moment même où les médicaments font effet (ou n’importe quoi d’autre qui ramène le beau temps dans la tête de mon Guerrier), ça y’est tout est de ma faute parce que JE suis fâchée et que JE ne fais pas d’effort (Really?!?).

Je suis tannée d’être invisible. Parce que quand tout tourne autour d’une seule personne, l’entourage le devient par défaut. Nos émotions à nous, notre façon de les gérer, nos moments de frustration, plus rien de tout ça ne nous appartient. On ne peut plus avoir de mauvaise journée « juste parce que ». Comme si nos sentiments, nos frustrations ne pouvaient avoir d’autres déclencheurs.

Je suis tannée que l’état de mon Guerrier, sa rééducation, sa transition soient l’essentiel de notre vie, le centre de notre Univers, ce sur quoi « on travaille ». 

Dès ma plus tendre enfance, mes parents m’ont poussée à développer mon autonomie, une qualité qui m’a drôlement servie comme conjointe de fantassin. Je lisais récemment que « Dans la culture militaire, l’autonomie et l’endurance malgré la douleur et les difficultés sont des vertus, même dans la famille. » C’est vrai et ça nous sauve (ça et bien d’autres choses). Mais j’ai besoin d’un break d’être autonome et endurante. Je veux juste mettre la switch à off pendant quelques heures. Pas solutionner, aider, améliorer. Juste off. Comme lorsqu’on décide de débrancher internet ou notre téléphone pour quelques heures. 

Je me trouve égocentrique d’oser parler ainsi, parce que je n’ai vraiment aucune raison de me plaindre ou de faire quelque reproche que ce soit à mon Guerrier. Il fait absolument TOUT ce qu’il faut pour aller mieux. Il va chercher l’aide qui est offerte, et Dieu sait qu’il y en a des programmes et des professionnels à sa disposition pour l’aider! Il suit les recommandations médicales. Il sacrifie son confort pour assurer le plus de beau temps possible à sa famille. Les progrès sont constants. On voit la lumière au bout du tunnel.

Je veux juste un break du tunnel.

J’aimerais bien retrouver une vie « normale » pour quelques heures. J’ai besoin de patience moi aussi. J’ai besoin d’une épaule moi aussi. Sans être le centre de l’Univers, j’aimerais bien être un satellite un peu plus visible…

« On peut se rendre heureux, ou se rendre misérable. La quantité de travail est la même. » – Carlos Castaneda

Un jour ou l’autre, nous avons tous besoin d’un break de notre vie.

Tout le monde a ses propres défis à relever : un problème de santé, un TDAH, un deuil, un handicap, une perte d’emploi, des difficultés financières, nommez-les! Et nous rêvons tous de nous évader de notre quotidien, ne serait-ce que pour quelques heures.

Alors, qu’est-ce que je fais quand j’ai sérieusement besoin d’un break de ma vie?

  1. J’écris. Dans mon journal, à une amie, à mon guerrier ou sur mon blogue. L’écriture est ma façon à moi de faire le ménage dans ma tête. D’exorciser les démons. En les nommant, il rapetisse. Un peu comme allumer la lumière dans une chambre d’enfant pour faire disparaitre les monstres sous le lit.
  2. Je fais de la photographie. J’essaie de trouver l’expression, le paysage, la fleur ou le traitement qui reflètera le mieux mon état d’âme.
  3. Je prends une douche! Même s’il est midi! J’ai ainsi l’impression que la journée recommence à neuf.
  4. Je lis un roman cul-cul ou je regarde un film cul-cul. Il n’y a rien comme de la chick lit ou chick flicks pour dédramatiser notre propre vie!
  5. Je roule. L’autoroute qui s’étire devant moi fait rêver d’un départ, d’aventure, de découverte et forcément d’évasion. Et, pendant quelques minutes, elle me donne l’impression de fuir ma réalité.
  6. Je respire et je fais la liste de toutes les raisons que j’ai d’être reconnaissante. Même quand ça va mal, ça pourrait être pire. Et trouver de petits bonheurs aide à moins se prendre au sérieux.
  7. J’écoute de la musique de Noël! Même au mois de juillet, ça peut faire des miracles!
  8. Si c’est vraiment sérieux : rendez-vous chez la coiffeuse! Pour un changement radical.  😉

Évidemment, je ne parle pas de solutions pour guérir une dépression, ou un état qui me donnerait envie de me rouler en boule dans un coin! Je ne suis pas inactive ou anéantie. Je suis prête à foncer… juste « ailleurs » pour quelques heures.

Je sais aussi qu’en cas de besoin, il y a des ressources disponibles pour les familles. J’ai également des amies à qui je peux parler, avec qui je peux ventiler. Et notre situation est loin d’être catastrophique! Mon Guerrier et moi avons la chance d’être complices, d’être capables de discuter des sujets les plus intimes en toute honnêteté, et surtout d’avoir une relation remplie d’amour et de respect.

« Changez votre façon de voir les choses, et les choses que vous voyez vont changer. » — Dr Wayne Dyer.

Finalement, je réalise que la seule personne qui puisse faire quelque chose c’est moi… Si l’état de mon Guerrier est devenu le centre de l’Univers, c’est peut-être parce que j’en ai fait le centre de mon Univers. Et ce n’est pas parce que je le perçois ainsi que c’est effectivement ce qui se passe. Dans la vie, tout est une question de perspective… et si je change la mienne, ma réalité changera elle aussi! 

Et je pourrai redevenir la meilleure des cheerleader, la plus aimante des fire team partner pour l’Homme de ma vie.

La suite : Lumière au bout du tunnel

Pour partager ce texte :
French Lily
Maman, conseillère en consommation, blogueuse.

13 Comments

  1. J’ai dû faire un voyage dans tes archives, car évidemment je ne connaissais pas l’histoire de l’accident ni les séquelles.

    D’un point de vue extérieur d’une personne qui n’a pas d’expérience avec le PTSD, je peux juste te trouver le contraire d’égocentrique. Comme tu le dis, ce n’est pas juste ça vie qui a été chamboulée, mais la tienne aussi. Et tu as sûrement dû assumer beaucoup de responsabilités pratiques et morales et oui, ça c’est usant, la charge mentale.

    Je pense qu’on a tous un peu du mal avec la vie à certains moments, pour divers raisons, et que l’avouer et en parler est un gros signe de force et d’intelligence.

    Hug!

    1. Merci Zhu pour ton commentaire. Il me touche beaucoup 🙂
      Effectivement, c’est toute la dynamique familiale et de couple qui s’est transformée, et à plusieurs niveaux pour le mieux . Mais effectivement, ça demande de l’adaptation. 🙂

  2. Je viens de découvrir votre blog et j’en tombe sous le charme… Votre article m’émeut aux larmes…
    Nous n’avons pas la même histoire mais vos mots oh combien me parlent.
    Je suis l’aidante de mes enfants, j’aime ma vie et je suis pleine de gratitude, mais malgré ça, parfois c’est réellement très éprouvant, dur, et je retrouve ma condition de certains moments de vie dans ce que vous décrivez ici. Comme pour vous ça n’est pas constant, mais je ne peux nier le fait que ça existe.
    Merci d’avoir partagé votre texte…
    Je vous embrasse.

    1. Le charme est réciproque Chantall! Je viens de découvrir votre blogue et je vais suivre vos aventures avec beaucoup d’intérêt! C’est vrai que la situation n’est pas la même, mais je suis certaine que l’on se rejoint dans bien des sentiments et des émotions!

      Merci pour votre commentaire qui me touche beaucoup, et qui m’a permis de vous découvrir! 🙂

      Je vous embrasse et vous souhaite un merveilleux weekend!

  3. C’est vraiment important de ne pas se laisser submerger, et c’est vrai que parfois on voudrait bien trouver l’interrupteur, tout couper, partir ou disparaître, juste le temps de se donner le temps… Certains de tes 8 points sont familiers… Lire,écrire, rouler, marcher, flâner… pour faire le vide. Pour rester forte, il faut prendre soin de soi!

  4. J’ai lu ton article quand il est sorti. Et il est tombé à ce moment où c’est mon corps qui a décidé que j’avais besoin d’un break. Un break de la maison, des enfants, de la gestion, du boulot. Et du coup, la même semaine il m’a amené une sinusite monstrueuse et une gastro bien sympa. Du coup, par obligation parce que mon corps ne suivait plus, j’ai fait ce break. J’ai dormi, dormi, dormi. Rien gérer…fermer les yeux sur le bordel, les repas à l’arrache, les devoirs pas faits et les chemises non repassées…Et maintenant, je suis prête pour repartir. Pour relever la tête, et avancer…
    Si tu savais comme au moment où tu l’as publié je me suis sentie en écho avec toi.

    1. Oh je suis désolée de cette pause fut imposée par de tels malaises! Le corps est beaucoup moins résistant que notre esprit… Soit douce avec toi en avançant! Et merci pour ton message. C’est toujours réconfortant de savoir que nous ne sommes pas seule dans une telle situation. On se sent moins faible. 🙂

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