Dix mois plus tard : la vie avec un miraculé

Le 25 juillet dernier, mon Guerrier défiait la mort lors d’un accident de parachute. Déjà dix mois depuis ce jour qui allait transformer nos vies. Ce texte est l’un des plus intimes publié à ce jour sur mon blogue. J’ai hésité longtemps avant de rendre publique une partie si personnelle de ma vie. J’ai décidé de le faire en espérant que mon témoignage puisse encourager ne serait-ce qu’une personne vivant la même situation, et qui se sent isolée comme je me suis déjà sentie.

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Récemment, un ami me demandait si mon Guerrier avait des séquelles de son accident de parachute…

Oh oui.

Et je réalise de plus en plus qu’il n’est pas le seul… 

Il vit (et nous vivons) avec les séquelles du dernier accident en liste… et de tous ceux qui ont précédé. Le dernier est certainement le plus spectaculaire et life changing. Faire face à la mort bouleverse notre façon de voir la vie. Une vision, si brève soit-elle, de l’essentiel laisse des traces. Et même quelque chose d’aussi positif qu’un miracle peut être difficile à gérer pour la personne qui le vit… et sa famille.

Parlons tout d’abord de mon miraculé :

Physiquement, les soins requis pour son bras resté emprisonné dans les câblages ont permis de détecter d’autres problèmes. Grâce à sa physiothérapeute, ils ont même découvert deux fractures à la colonne vertébrale : blessure dont les radios prouvent qu’elles ont été causées par l’accident qu’il avait subi deux semaines plus tôt, mais que les médecins n’avaient pas remarqué! Et c’est sans compter le diagnostic de ses épaules calcifiées… Heureusement, il peut maintenant recevoir les soins dont il a besoin pour éventuellement récupérer… mais la route est longue, le corps est profondément meurtri et les attentes de mon Guerrier sont élevées! L’accumulation de traumatismes fait son œuvre… et la frustration se montre souvent le bout du nez.

Psychologiquement, les remises en question se poursuivent. Les priorités ont changé, les ambitions aussi… Heureusement de ce côté ce n’est que du bon! Ou presque…

Une personne qui survit miraculeusement à un accident fait face à des révélations bouleversantes qui amènent des remises en question parfois profondes. Elle tente d’expliquer ce qui s’est passé, de comprendre… alors qu’elle doit parfois tout simplement accepter qu’il n’y ait pas d’explications… ou de réponses. C’est un long processus qui peut être frustrant. Surtout si l’urgence de vivre est confrontée à une réalité qui prend son temps…

Et moi là-dedans?

Je me trouve parfois égoïste de tenter de comprendre et d’expliquer ce que tout ça signifie pour moi. Après tout, je n’ai rien risqué… ce n’est pas moi qui était en danger. Ce n’est pas moi qui ai survécu miraculeusement. Ce n’est pas moi qui ai affronté la mort en pleine face! Je suis seulement chanceuse d’être encore mariée à l’Homme de ma vie.

Mais je dois admettre que c’est aussi ma vie qui s’est trouvée transformée.

Mon plus grand soulagement vient du fait que chaque jour j’ai de moins en moins peur que mon Guerrier meurt subitement, et que la vie me ramène vers le destin qui m’attendait le 25 juillet dernier. L’impression de vivre sur du temps emprunté s’estompe tranquillement… comme celle que l’homme de ma vie n’a été sauvé que pour « régler » quelque chose et que dès qu’il mettra le doigt dessus, l’issue sera fatale.

Ça peut sembler stupide comme réaction, mais quand mon père a été hospitalisé, on ne lui donnait que quelques jours à vivre. Il a pris du mieux et est finalement sorti de l’hôpital! Nous sommes retournés à Trenton avec la promesse de revenir le voir une semaine plus tard pour la relâche. Nous avons alors passé de merveilleux moments avec lui, entre autres à magasiner les « jouets » dont il rêvait depuis longtemps — y compris le nécessaire pour se remettre au dessin. Il est mort quelques jours après notre départ… Il était finalement revenu le temps de régler ses affaires et profiter de sa famille une dernière fois…

Après la survie miraculeuse de mon Guerrier, j’ai eu peur que la même chose se passe pour lui. Cette crainte est restée longtemps logée au fond de mes tripes… mais heureusement elle s’efface tranquillement.

Avec le retrait de la peur du retour de la grande faucheuse, j’ai le temps de réaliser autre chose…

Par exemple, je réalise que malgré le côté spectaculaire du dernier accident, c’est l’accumulation de séquelles qui m’affecte le plus…

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En 2007 mon Guerrier survivait à un premier accident de parachute au prix d’une commotion cérébrale sévère. Et depuis, nous vivons avec les répercussions.

Dans le monde du sport, on étudie de plus en plus les conséquences des commotions… mais il en reste encore beaucoup à dire sur le sujet. Au sein des Forces on parle surtout de PTSD, de son impact sur les militaires et leur entourage. Les commotions par contre demeurent un mal silencieux, qui bouleverse pourtant de façon irréparable la vie d’un individu et de sa famille. Un traumatisme crânien brise le cerveau et affecte sa façon de commander le reste du corps… et des émotions. Certaines connexions peuvent se refaire ou emprunter un chemin différent pour atteindre leur objectif, mais le modus operandi d’origine est bousillé. L’impact est dissimulé à l’intérieur des cellules et malheureusement permanent.

Comme conjointe il faut donc faire le deuil de l’homme que l’on a connu, le deuil d’une connexion, apprendre à accepter un changement de personnalité et compenser les pertes de notre compagnon de vie. Il faut reconstruire une nouvelle « relation », de nouvelles règles, et développer de nouvelles compétences pour remplacer celles perdues par notre amoureux. Il faut aussi apprendre à gérer toute la frustration qu’amènent de tels bouleversements chez la victime d’une commotion… sans trop laisser paraitre la nôtre… qui s’accumule silencieusement. Nous sommes le principal témoin d’une situation sur laquelle nous n’avons aucun contrôle et qui pourtant affecte notre quotidien de nombreuses façons.

Puis un accident traumatisant vient tout bouleverser! Une nouvelle couche de conséquences s’ajoute à la première qui miraculeusement s’efface temporairement. Comme si l’impact au sol ou une rencontre mystérieuse avec la vie venait ressouder les connexions cérébrales qui s’étaient brisées il y a près de 8 ans.

Et, du jour au lendemain, vous retrouvez l’Homme que vous avez connu. En mieux.

Mais ce que vous ignorez, c’est que c’est temporaire. Ce n’est qu’une lune de miel qui, comme dans un mariage, dure l’espace d’un voyage. Et vous revenez à la réalité. Celle d’avant. En version « revue et corrigée »…

Le réveil est brusque et cru. Il n’y a rien eu pour amortir ma chute. Ce n’est pas moi qui suis suivie par une équipe d’experts. Je suis seule avec mon bagage d’expériences et de croyances. Ma force intérieure est mon seul soutien… avec celui d’amies très chères dont le nombre n’approche toutefois pas celui des spécialistes qui étudient le cas de mon miraculé.

Est-ce que cette nouvelle réalité est pire? Oui parce que pendant quelques semaines ou mois j’ai touché moi aussi une parcelle de miracle, d’une vie idéale. Je dois maintenant canaliser à nouveau toutes mes aptitudes d’adaptation que j’avais tranquillement et laborieusement mises en place au cours des huit dernières années. Le retour à la « réalité » est dur, car je dois faire un deuxième deuil. On me retire encore une fois une parcelle de paradis que l’on m’avait présentés sur un plateau d’argent.

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Comment je fais pour gérer tout ça?

Premièrement, avec Amour. Une sacrée grosse dose d’amour pour mon Guerrier, pour l’être humain qu’il est, pour nos filles, notre famille, notre vie. Et l’Amour qu’il ressent pour nous.

L’amour m’empêche de m’apitoyer sur mon propre sort. On s’aime, nous sommes deux pour faire face à la vie, et nous avons le bonheur d’être encore ensemble. Le reste, on peut s’arranger. L’essentiel est là.

Deuxièmement, grâce à nos discussions honnêtes et respectueuses. Nous sommes exceptionnellement proches et nous partageons ouvertement la majorité de nos émotions ou de nos pensées. Parfois instantanément… parfois après quelques jours ou quelques semaines. Mais la ligne de communication est toujours ouverte.

Troisièmement, je me donne le droit d’être frustrée moi aussi, et j’exprime ma frustration. Pas toujours à mon Guerrier qui en a suffisamment sur les épaules… mais à une amie proche ou par l’entremise de l’écriture ou de la photographie. La clé : oui, me donner le droit d’être frustrée, mais une fois celle-ci exprimée, je passe à autre chose!

Finalement, ce qui fait toute la différence pour moi c’est l’attitude. Ceux qui me connaissent savent que je n’adopte jamais celle d’une victime. J’assume mes responsabilités et je suis très consciente que JE suis responsable de mon attitude, de mon bonheur. JE suis celle qui peut faire la différence dans ma vie, c’est moi seule qui ai ce pouvoir, personne d’autre. Toute une responsabilité? Non, plutôt toute une liberté!

Malgré la liste des adaptations à faire, mon attitude fait encore et toujours la différence. Comment? Grâce à une saine ouverture d’esprit, une curiosité insatiable… et des années de pratique. Je ne me demande jamais « Pourquoi moi ? », mais plutôt « So, now what? ».   

Pour avancer et évoluer, je cherche toujours à trouver une explication qui va au-delà de la liste des parties physiques et psychologiques qui sont brisées. J’essaie toujours de voir plus loin. Les conséquences de l’accident sont notre réalité actuelle. Je ne peux rien y changer alors pour quoi m’y attarder? Pourquoi me morfondre sur ce que serait ma vie « sans » ou passer mes nuits à me demander « pourquoi moi »? C’est arrivé, point. Maintenant « deal with it ». Et « deal with it » signifie : voir « the big picture ». Sortir de mon petit nombril et explorer les opportunités.

Face à un défi de taille, je pense que l’Homme se tourne naturellement ou éventuellement vers le monde spirituel. Le milieu médical a ses limites — même celui des psychologues. Il faut donc chercher ailleurs.

L’explication du sens ultime de la vie, ou celle des évènements qui viennent la bouleverser varie d’une personne à l’autre. Elle peut être religieuse ou non. Spirituelle ou non. Philosophique ou non. Elle prend du temps à se mettre en place et offrir un refuge qui a du sens. Heureusement, j’ai un bon bagage… car je cherche la mienne depuis l’âge de 10 ans. L’âge où j’ai demandé pour la première fois de mourir. Et c’est à 10 ans que j’ai commencé mon voyage spirituel.

À l’époque, ma mère se mourrait d’un cancer, notre relation n’était vraiment pas idyllique alors j’ai demandé à Dieu de faire un échange : ma vie contre la sienne. À mes yeux, elle était mieux que moi. « Elle » méritait de vivre. Moi? Pas autant. Elle m’avait déjà expliqué assez clairement qu’elle m’avait adoptée pour faire plaisir à mon père après avoir perdu son premier enfant. Pour en rajouter, elle me confiait dans le même élan qu’elle ne m’aimait pas.

Comme elle était la deuxième à me rejeter (selon ma fiche d’adoption, ma mère biologique m’a mise en adoption pour pouvoir travailler et payer les études de son frère…), ma vie ne faisait pas vraiment de poids dans la balance. Ma mère adoptive était adorée de tous et malgré son manque flagrant d’instinct maternel, avait une personnalité publiquement attachante. Négocier avec Dieu me semblait donc tout à fait naturel et mon offre était logique à mes yeux… mêmes de 10 ans.

« Il » ne m’a pas écoutée.

Si Dieu lui-même ne voulait pas m’accorder ce souhait, il devait donc y avoir une raison! Peut-être inconnue pour moi (clairement inconnue pour moi!), mais ça ne signifiait pas pour autant qu’elle n’existait pas. J’ai donc cherché la réponse… partout… et ailleurs.

C’est à ce moment que j’ai commencé à développer une attitude de « deal with it ». Clairement, quelque chose m’échappait dans le sens du fil des évènements, mais clairement il fallait gérer tout ça et faire confiance que ça faisait partie de la vie. Et c’est devenu ma force de caractère.

Depuis, chaque épreuve me pousse à chercher. À bitcher oui. Mais j’ai toujours su qu’il y avait une explication et qu’un jour je la trouverais. Et chaque jour, je me rapproche de la réponse. Chaque défi me montre le chemin, car il y a toujours une étincelle qui m’offre un début d’explication. Et pour la trouver, je sais que je dois regarder : elle se trouve parfois sur l’épaule d’une amie, dans les ressources professionnelles, dans un livre qui me tombe entre les mains, dans les paroles d’une chanson, dans l’expérience des autres, dans le bilan de mon propre chemin, dans l’amour de mes proches, parfois dans celle de parfaits inconnus qui m’offre un sourire, une phrase, un acte gratuit.

Chaque bloc d’explication qui s’imbrique dans tous ceux que j’accumule depuis plus de trente ans représente une lumière qui guide mes pas. Et quand vous voyez cette lumière, même de loin, vous ne pouvez faire autrement que partir à sa recherche. Vous ne pouvez pas perdre de temps à vous apitoyer sur votre sort à chaque épreuve, devant chaque défi ou au travers chaque crise, car vous êtes trop occupé à chercher un éclat lumineux.

Dès ma première prise de conscience qui remonte à une époque où j’aurais dû me concentrer sur mes poupées, j’ai toujours aperçu parfois seulement du coin de l’œil, la lumière d’une explication. J’ai réalisé que je ne pouvais plus m’attarder à blâmer la terre entière pour mes malheurs, ou même chercher des coupables ou des personnes qui « devraient » me sortir du trou. J’ai compris que c’était à moi de marcher vers la solution, en marchant vers chaque petite lueur qui ressemble parfois à une luciole, mais qui est toujours, toujours présente.

Je n’ai pas encore trouvé l’explication finale, je ne m’attends pas vraiment non plus à la trouver. Mais je suis très curieuse de voir où m’amène chaque luciole qui croise mon chemin.

On dit souvent que le vrai voyage n’est pas la destination, mais le chemin qui nous y mène. C’est doublement vrai quand le voyage est spirituel. Et comme dans chaque voyage — même au monde merveilleux de Disney — il y a des embuches, des cornets de crème glacée qui tombent par terre, des frustrations et des situations qui vous feront crier de rage : « OH! COME ON!!! ». Mais chaque fois, comme à Disney, les lumières d’un feu d’artifice vous attendent… peut-être pas tous les soirs… mais ils finissent toujours par se présenter.

Alors oui, le dernier accident de mon Guerrier a laissé des séquelles. But I’m dealing with it! Avec de l’amour, le soutien de mon meilleur ami, et un sourire presque toujours serein éclairé par la lumière des lucioles.

Lights

 La suite : Mer agitée!

Pour partager ce texte :
French Lily
Maman, conseillère en consommation, blogueuse.

11 Comments

  1. Je crois que plusieurs relectures seront necessaires ! Ca prend aux tripes c’est tres tres emouvant a la fois par son contenu (l’accident (les) de ton guerrier)mais aussi et surtout pArce tu arrives a exprimer superbement ce que tu ressens. Tu es vraie ! Ce que chacun/ chacune d’entre nous aimerait mais ne prend pas le temps ou la force de faire. Merci, odile

  2. Tu exprimes très bien ton chemin, ton voyage intérieur, tes doutes et vos souffrances, physiques et spirituelles… Tu as un Guerrier dans ta vie mais tu es une Combattante! Peut-être est-ce pour cela que vous vous complétez.
    Moi aussi je crois que tout ce qui nous arrive, se passe pour une raison qui n’est pas toujours claire à ce moment-là.
    Tu nous révèles beaucoup de toi-même, et j’espère que cela pourra aider -comme tu le dis – d’autres qui se sentent seuls/seules devant une situation analogue.
    PS: As-tu jamais lu les livres de Richard Bach, (le messie récalcitrant) et de James Redfield (la prophécie des Andes) ?

    1. Merci pour ton commentaire Marie 🙂 J’ai lu les livres de Richard Back et James Redfield. Je me souviens que j’avais adoré le Messie récalcitrant!!

  3. J’ai lu, j’ai pleuré! Je vais devoir lire et relire encore ce magnifique texte. Dit toi que s’IL ne ta pas choisi, c’est en autre pour ce texte qui me rejoint tellement dans ce que je vis présentement et tes mots me font réfléchir au delà de tout à mon avenir. Je suis bouleversée au plus profond de moi.

  4. Un texte émouvant et si bien écrit. Nous saluons ton courage de nous avoir livré cette partie de toi même. Nous saluons aussi ta détermination dans le chemin de ta vie avec ton guerrier et ta famille. Tu vas de l’avant ! Nous te souhaitons aussi la paix et te remercions de parler si franchement des événements. Les mots nous manquent pour exprimer nos sentiments. Merci, Merci.

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