Depuis l’arrivée de mes quarante ans, j’ai pris conscience de ma mortalité et du temps qui passe. Il faut dire qu’il y a des signes qui ne trompent pas : tout le monde rajeuni et ma vue baisse.
Mais je vis en ce moment les années où je suis la plus lucide sur moi-même et en même temps la plus indulgente. Cette assurance nouvellement gagnée me fait apprécier chaque moment de mon existence. Et, entre deux SPM, je réussis à tout dédramatiser…
Quelle cruauté d’être enfin en harmonie avec moi-même et ma vie et réaliser que ce « gap » de plénitude sera très court! Bientôt, nous serons « trop vieux » ou « trop séniles ». Cette prise de conscience de ma mortalité me laisse un gout amer.
D’autant plus qu’avoir deux jeunes enfants à mon âge, c’est merveilleux : j’ai vraiment l’impression d’avoir une deuxième vie. Mais réaliser que je ne serai pas là pour bercer leurs enfants, que je ne les verrai probablement pas devenir des femmes accomplies de 40 ans, ça me fout le cafard.
Alors que je n’ai jamais eu peur de mourir, je réalise aujourd’hui que je devrai dire adieu à une vie terrestre qui finalement me comble. Je devrai abandonner ceux que j’aime. Alors qu’au moment des mutations, je préfère être celle qui part, pour cette dernière mutation j’aimerais être celle qui ferme les lumières… ne plus être témoin du quotidien de mes filles, de l’homme de ma vie, de mes amis qui me survivront me fout le cafard.
Je suis mortelle.
Merde!
J’ai maintenant une urgence de vivre et d’expérimenter qui est agréable à ressentir, mais qui s’accompagne toujours du malaise que la fin approche. Que le générique n’est pas loin. Comme un bon livre dont on sent l’épaisseur des pages à lire se réduire… comme un film où l’on voit le compteur se rapprocher de la 90e minute. On savoure le moment… mais on pense déjà à la fin, à ce que ce sera une fois fini, une fois que cette histoire sera racontée et qu’il faudra fermer le livre ou la télévision.
Comme à la veille d’un examen, où l’on réalise qu’on en sait moins que ce que l’on croyait, je réalise que je n’ai pas vécu tout ce que je voulais vivre. Que je n’ai pas toutes les connaissances que je voudrais avoir! Toutes les expériences que j’aurais aimé vivre. Je suis tiraillée entre le besoin d’en faire plus pendant qu’il est encore temps, celui de ne rien faire parce qu’il est trop tard, le regret de ne pas avoir fait mieux, fait plus.
Quelle contradiction entre la sérénité qui accompagne le quotidien et cette angoisse qui pertube notre avenir…
Je dois déjà faire le deuil d’une partie de ma vie. Et d’une partie de ce qu’elle aurait pu être. Mais doit-on forcer pour avoir ce dont on a toujours rêvé, au risque de ne jamais l’obtenir ou se forcer à accepter ce que l’on a afin de n’avoir aucun regret au moment de notre dernier souffle?
Il faut maintenant dépasser cette morosité que la fin approche, pour profiter pleinement de chaque moment qu’il nous reste à vivre. Ne pas angoisser avec toutes les réalisations qui ne seront pas nôtres avant notre mort. Réaliser que l’on pourrait bien disparaitre sans devenir ou accomplir tout ce qu’il y avait sur notre liste. Peut-on vivre avec ces conséquences ou cette réalisation? Sinon, c’est le temps de passer à l’action!
Heureusement, à l’aube d’un 42e anniversaire, il y aura toujours une amie pour vous faire plonger en plein coeur d’un trip d’adolescente ;-)
