Je regarde mes amies/copines se préparer pour leur prochaine mutation et je vis, par procuration, certaines des émotions qui les habitent. C’est l’une des périodes marquantes dans la vie d’une famille de militaire! Une période remplie de bouleversements où l’on se sent étrangement seuls.

Trouvé au fond d'un garde-robe, au moment de quitter Québec.

Nos amis civils ne réagissent pas toujours (pour ne pas dire rarement) comme nous. Plusieurs se sentent abandonnés, rejetés et notre plaisir est difficile à partager avec eux. Alors qu’on voudrait profiter des derniers moments qu’il nous reste à passer en leur compagnie, eux se détachent tranquillement pour se protéger, pour se « pratiquer » à vivre sans nous, parce qu’ils nous en veulent un peu — consciemment ou non.

Il faut comprendre que c’est une période où une multitude d’émotions, parfois contradictoires, nous habitent nous aussi :

— Le plaisir de vivre une nouvelle aventure, l’anticipation de découvrir un nouveau coin de pays… et certaines réserves causées par quelques préjugés ou inquiétudes;

— Les craintes reliées à l’organisation familiale, l’envie de tout faire maintenant… conjugé à la frustration des immanquables délais;

— Se sentir débordée par la quantité de paperasse à gérer lors d’un déménagement… et la satisfaction de faire un dernier rapport d’impôts québécois;

— La préoccupation de veiller à ce que la famille demeure stable et solide, rassurer les enfants… et parfois leur cacher certaines frustrations;

— La peine de laisser nos amis… et parfois le soulagement de ce débarrasser de certaines personnes;

— Celle de dire adieu à une ville, un pays, un quartier où notre famille a vécu des moments inoubliables… et l’excitation d’en découvrir une nouvelle.

Une photo qui me touche encore... prise le jour de notre départ de Benning.

Toute cette avalanche d’émotion qui déboule en même temps, qui se côtoie dans notre tête, est parfois éprouvante pour les nerfs. Mais il faut aussi gérer les réactions de nos proches! On se sent obligé de leur cacher notre plaisir, notre excitation, les découvertes intéressantes que l’on fait sur notre prochaine destination et les projets que l’on espère y réaliser parce qu’on ne veut pas les blesser ou avoir l’air sans coeur. Et on se sent frustré.

Après avoir partagé nos peines et nos joies pendant des mois, voir des années, on doit maintenant vivre cette nouvelle partie de notre vie à l’écart… et c’est là que le fossé commence à se creuser avec certains, que la distance s’installe, que le processus de séparation s’amorce.

Heureusement, il y en a qui comprennent, qui acceptent, qui partagent notre joie même s’ils ne partageraient pas notre rythme de vie. Qui vivent la perspective d’une nouvelle vie par procuration, la seule qu’ils puissent se permettre.

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C’est fascinant d’observer de loin tout ce bal se mettre en place. Oui, chaque personne vit chaque mutation à sa façon et ce ne sont pas toutes les familles de militaire qui réussissent à vivre harmonieusement cet aspect du métier. De nombreux facteurs personnels simplifient ou compliquent un déménagement : l’âge des enfants, l’harmonie conjugale, le travail du conjoint, les familles reconstituées, les problèmes de santé, mais surtout, la personnalité et l’attitude de chacun. Mais ça fait partie de la game et il faut apprendre à le gérer. Pour notre propre bonheur et celui de notre famille.

Cette année c’est à mon tour de vivre toutes ses émotions par procuration. Et oui : j’ai vraiment hâte d’y être à nouveau!

Bon déménagement à tous ceux et celles qui se préparent à partir! Je vous souhaite une aventure harmonieuse et enrichissante remplie de belles découvertes et de moments de bonheur. Si vous rencontrez quelques pépins sur votre chemin, dites-vous qu’ils feront de belles histoires à raconter… dans quelques mois  ;)

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